Pour la création d'un délit de mauvais management ?



La première chose à savoir lorsque l'on parle de burn-out, c'est que les personnes qui sont sujettes au burn-out sont le plus souvent des gens motivés et passionnés par leur travail : forte motivation, souvent perfectionnistes, extrêmement loyaux vis à vis de leur entreprise, faisant souvent passer les intérêts de cette dernière avant les siens propres, brisant ainsi l'équilibre vie privée/vie professionnelle. Ce sont très souvent des gens reconnus comme étant de très bons professionnels. J'ai une fois entendu, après l'une de mes conférences, un manager me dire que si l'un de ses collaborateurs avait fait un burn-out, c'est tout simplement parce qu'il était faible ! Etant par nature un garçon non violent et poli, je me suis bien gardé de lui en coller une en le traitant d'abruti ! En médecine, l'erreur médicale existe et peut, dans certains cas graves être condamnée, pour les comptables, il en va de même, un policier faisant une bavure avérée a de fortes chances de se voir radié, un chef d'entreprise peut se voir retirer son droit de diriger une entreprise pour mauvaise gestion etc etc etc. Aujourd'hui, plus de 10% de la population active française a ou va faire un burn-out ! PLUS DE 10% !!!! Au delà du coût pour la société, de la souffrance occasionnée et des problématiques générées par l’absence d'un collaborateur pour l'entreprise, à quel moment va t'on véritablement agir pour que ce fléau recule ? Vous savez à quoi cela me fait penser ? A la ceinture de sécurité. En 1972, en France, plus de 18 000 personnes sont mortes sur la route. Cela équivaut à la population de Mazamet (Tarn) qui marque symboliquement son indignation en se couchant pendant quinze minutes dans les rues de cette ville. En 1973, il est interdit de ne pas conduire sans ceinture de sécurité car l'état considère qu'il est inacceptable d'avoir autant de tués en voiture. Ils sont 3 469 en 2016... pratiquement 6 fois moins. Bien entendu, la ceinture n'est pas la seule responsable mais ce sont bien l'ensemble des acteurs qui se sont mobilisés pour faire baisser ce chiffre terrifiant : les fabricants automobile et l'Etat. 10% de la population active au bord du burn-out, cela représente 2 860 000 personnes !!! En France, une personne par jour se suicide au travail. Heureusement, toute personne en burn-out ne se suicide pas mais cette souffrance peut totalement être évitée. Comment ? 1- la responsabilité de l'entreprise Les politiques de Qualité de Vie au Travail se multiplient et les Risques Psychos Sociaux de plus en plus pris en compte. Cependant, rares sont les entreprises qui ont un suivi, si ce n'est quotidien, a minima régulier, du bien-être de ses salariés. Faire un baromètre annuel est déjà bien mais il est fondamental de pouvoir identifier le potentiel mal-être de chaque individu. Des outils comme OurCompany permettent cela aisément. De nos jours, la plupart des entreprises comptent sur le seul entretien annuel pour mesurer cela ainsi que la qualité du management. "Au même titre que la ceinture de sécurité a sauvé des milliers de vies depuis que la mettre est obligatoire, s'il existait une sorte de "permis de manager", avec des points, peut-être que le nombre de burn-out baisserait enfin en France." 2- La responsabilité du managerQu'est que manager ? Gérer une équipe afin qu'elle atteigne ses objectifs... bien sur. Mais lorsque l'on sait que, selon les individus, 10 à 25% de la performance est due au bien-être psychologique, la première responsabilité du manager n'est-elle pas d'être l'acteur principal du bien-être de ses équipes, et cela, avant tout, au plus haut niveau de la hiérarchie. Si un PDG est un manager toxique, il y a peu de chance que le mid -management soit bienveillant ! Quand un collaborateur fait un burn-out, pourquoi n'existe t-il pas de procédure automatique pour "auditionner" le manager afin de mesurer son niveau de responsabilité dans ce burn out ? Hier, je déjeunais avec quelqu'un qui m'a raconté ce qui venait de lui arriver au bureau : lui, un peu au bout du rouleau, épuisé, pas de vacances depuis un an à cause d'une mission très prenante va voir son boss pour lui demander s'il pouvait s'absenter le 14 août pour faire un week-end de 4 jours. Réponse du boss : "j'ai pas besoin de feignasse dans mon équipe ! Moi je bosse lundi donc tu bosses aussi !". Si ce collaborateur fait un burn-out, ce qui est fort probable, ne serait-il pas normal que ce manager soit sanctionné et, pourquoi pas, au même titre qu'un médecin ayant une faute grave, volontaire et avérée peut se voir retirer à vie le droit d'exercer, ce manager ne pourrait potentiellement voir retirer à vie le droit de manager ? Je sais... c'est un peu extrême mais.. après tout, pourquoi pas ? Tant de métiers ont des chartes, des règles, des obligations... pourquoi pas celui de manager qui peut s'il est mal fait faire tant de dégâts. La première personne en capacité d'identifier quelqu'un qui pourrait faire un burn-out, c'est le manager de proximité. C'est à lui qu'incombe la tache de faire en sorte que les salariés ne passent pas leur vie au bureau, qu'ils ne fassent pas de mail pendant leurs vacances ou en week-end, qu'ils soient suffisamment valorisés et trouvent un sens à leur tache etc etc. Oui, je crois qu'un bon manager est le premier rempart contre le burn-out et si l'on veut s'attaquer à ce fléau, il est temps de responsabiliser les managers et les entreprises. Et... au même titre que la ceinture de sécurité a sauvé des milliers de vies depuis que la mettre est obligatoire, s'il existait une sorte de "permis de manager", avec des points, peut-être que le nombre de burn-out baisserait enfin en France. Imaginez... reprenons l'exemple de la personne avec qui j'ai déjeuné. Si elle fait un burn-out : 5 points en moins sur le permis de management de son boss. Si le même boss récidive, 7 points en moins... permis retiré ! Si ce système existait, les managers seraient peut-être plus attentifs à quelques signes qui ne trompent pas.

L'idée n'est pas de stigmatiser les managers, j'en ai été un pendant plus de 20 ans mais de trouver un moyen pour débarrasser la planète entreprise de ceux qui sont toxiques.

Alors... chiche ?

Gaël Chatelain