Managers : mettez votre égo de coté



J'ai souvent entendu dire que pour réussir sa carrière professionnelle, il fallait avoir un gros caractère pour ne pas dire, passez moi l'expression : "une grande gueule". Cela était peut-être vrai dans les années 80 et avant mais aujourd'hui ce n'est pas celui qui parle le plus fort et/ou le dernier qui a raison. Aujourd'hui, "avoir du caractère" c'est au contraire savoir le maîtriser. Sans parler de se mettre en retrait, un manager doit mettre son égo dans sa poche. Paradoxal, non ? Pour se faire remarquer, mieux vaut se faire discret ! Vous ne me croyez pas ? Prenons un manager à l'égo surdimensionné... appelons le Bob (quel hasard... comme le héros de "mon boss est nul mais je le soigne" :-) Voyons les conséquences d'avoir et d'exprimer cet égo.

1- Une créativité en berne

Bob se pense génial... OK, il l'est peut-être mais s'il ne confronte jamais ses idées aux autres, probable qu'il finisse par tourner en rond ou de ne pas voir que ses idées sont améliorables grâce à des regards extérieurs. Prenez l'exemple de Steve Jobs et de Steve Wozniak... deux génies, le premier, selon sa bio, ayant un égo surdimensionné. Et pourtant, l'APPLE II (le premier ordinateur personnel) à l'origine de l'incroyable révolution numérique que nous connaissons aujourd'hui n'aurai jamais existé si un petit revendeur d'électronique de Mountain View n'avait pas refusé leur première invention (une "simple" carte mère) pour exiger que cette carte mère soit protégée par quelque chose qui permette également d'utiliser l'ordinateur en ne faisant que le brancher. Si Steve Jobs était resté seul dans son coin ou s'il avait méprisé la demande du petit revendeur... APPLE n'existerait pas !

Apple Story : Apple "0", Jobs et Wozniak seuls / Apple I grâce à la boutique d'électronique puis, un an plus tard, l'Apple II.

Quand Bob a une idée, il aurait tout à gagner à la partager afin de voir si elle n'est pas améliorable et, au lieu de sortir un Apple 0, il ne peut pas passer directement à l'Apple II?

2- Une frustration permanente

L'égo de Bob fait qu'il ne comprend pas pourquoi plus de monde ne lui dit pas à quel point il est génial, notamment ses collaborateurs. Bien... au delà du fait que Bob est loin d'être génial, un manager ne doit en aucun cas avoir comme source de motivation la reconnaissance de ses collaborateurs. S'il est un bon manager, il est payé pour cela, rien de plus. Bien sur, c'est toujours agréable quand un collaborateur félicite son manager... mais c'est rare et, surtout, il vaut mieux satisfaire son égo en voyant l'épanouissement de ses collaborateurs grâce à son action plutôt qu'une éventuelle reconnaissance de ceux-ci qui n'en sera que la conséquence.

3- Une image déplorable

"Moi, moi, moi, moi"... c'est le mot préféré de Bob. Le monde tourne autour de lui. Aucune distance prise, aucune écoute active (ie : véritable écoute)... normal, Bob pense qu'il a toujours raison. La force d'un manager, je crois, c'est de douter. C'est en doutant que l'on avance de façon prudente, pas en avançant tête baissée quels que soient les obstacles. Face à un mur, Bob s'écrase la tête quand un manager sachant mettre de coté son égo va le contourner, voire l'escalader en adaptant ses certitudes à la situation. Quand, autour de lui, ses collègues, ses collaborateurs ou ses supérieurs voient Bob se cogner la tête dans le mur en pensant qu'il va pouvoir le faire tomber, au mieux, ils le prennent pour un incompétent, au pire pour un abruti.

4- Une efficacité réduite

Etre centré sur son égo, c'est souvent travailler seul comme nous l'avons vu dans le point 1. Or, c'est bien connu, seul on va plus vite, à plusieurs, on va plus loin. Le travail en entreprise n'est pas un travail solitaire, surtout quand on est manager. Le manager infaillible n'existe pas. En avoir conscience, c'est déjà être prêt à se dépasser en s'inspirant des autres. Bob, lui, était, est et sera toujours le même. Dans un monde qui bouge à la vitesse que nous connaissons, rester immobile me semble être une option peu recommandable.

5- Une équipe démobilisée

Les succès de son équipe sont les siens, ses échecs les leurs, voilà la vision de Bob concernant les performances de son équipe. J'ai connu quelques spécimen de la sorte. Le résultat ? Sachant que quoi qu'ils fassent, les collaborateurs n'obtiendront aucune reconnaissance de la part de leur management, ils se démobilisent, voire démissionne. Le rôle d'un manager est de valoriser dès que cela est possible le travail de ses équipes, quite à ne jamais se mettre en avant;.C'est seulement ainsi que les collaborateurs seront non seulement motivés mais, cadeau bonus, seront loyaux envers leur manager. Croyez-moi, si l'un des collaborateurs de Bob a l'occasion de lui faire un croche patte plutôt que de lui tendre la main pour qu'il ne tombe pas, il ne s'en privera pas !!!

Conclusion

L'égo est mauvais conseiller pour un manager. Ce dernier est entre le marteau et l'enclume : ses collaborateurs et l'entreprise. Il se doit de servir les deux sans jamais mettre ses intérêts propres en premier. OK, j'entends certains d'entre-vous dire "mouais, en gros, faut être un saint pour être manager !!!!". Nul n'est parfait. Nous sommes tous un petit peu Bob chaque jour. Faire preuve d'une totale abnégation me semble être illusoire. Cependant, être conscient de ses propres travers permet également de progresser vers plus de performances et de qualité en termes de management.... mais pas que. En effet, ce qui s'applique à Bob le manager s'applique en grande partie à l'ensemble des collaborateurs d'une entreprise, managers ou managés. Quoi de pire pour quiconque d'être certain d'être parfait en tout, quel que soit son métier ? La seule chose certaine pour ces gens là... c'est qu'ils ne progresseront plus jamais. Avoir de l'égo est nécessaire mais la problématique qui me semble être fondamentale est de savoir à quel endroit chacun le place : de côté ou au centre de tout en toute occasion.

Et vous... votre égo, il va bien ?

Gaël Chatelain

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