Bonheur au travail, mythe ou réalité ?



Je ne vais pas vous mentir, l’expression même de « bonheur au travail » me fait dresser les cheveux sur la tête. Comment pourrais-je trouver au travail quelque chose après lequel je cours depuis toujours dans ma vie personnelle ? J’aime beaucoup la définition du bonheur que donne Saint Augustin : « le bonheur, c’est continuer à désirer ce que l’on possède ».

Lors de mes conférences sur la bienveillance et le bien-être au travail, je pose souvent la question suivante :

« si vous gagniez 50 millions d’euros à l’EuroMillion ce vendredi, qui dans cette salle ne change rien, absolument rien, à sa vie professionnelle ? »

Et bien figurez-vous que depuis 3 ans que je fais cette conférence, le nombre maximum de mains levées suite à cette question est de… une, et bien souvent aucune ne se lève. Dans l’écrasante majorité des cas, nous souhaiterions changer quelque chose dans notre quotidien au travail. Mis à part quelques personnes qui travaillent pour une passion, si nous revenons sur la citation de Saint Augustin, nous ne désirons pas quotidiennement ce que nous possédons, professionnellement parlant.

L’injonction au bonheur est horriblement stressante à vrai dire alors qu’assumer le fait que notre travail puisse nous saouler, c’est rassurant. Allez dire à un fonctionnaire sous-payé ou à un ouvrier à la chaîne sous pression qu’il peut, pour ne pas dire qu’il doit connaître le bonheur au travail. CE N’EST PAS VRAI, mais, surtout : ce n’est pas grave.

En France, 10% de la population active a, ou va faire, un burn-out, ce qui place notre pays en numéro deux mondial, derrière le Japon, sur cet item. Les autres pays connaissent-ils pour autant plus de bonheur au travail que nous ? Le salarié Suédois est-il vraiment plus heureux que nous ? Et bien non. Ce n’est pas son bonheur au travail qui fait qu’il est mieux protégé qu’un français contre le burn-out, c’est son bien-être, c’est le fait que son équilibre vie privée vie professionnel est meilleur. Le salarié suédois qui fait un travail bien pourri, bien stressant et mal payé… ne le fera que jusqu’à 16.30. La problématique n’est pas le travail en tant que tel mais la place qu’il occupe dans notre vie.

L’injonction au bonheur professionnel peut nous faire passer pour des gros losers. Si t’es pas super heureux d’aller travailler, c’est que tu ne sais pas t’y prendre. Mais quelle horreur. Par contre, si nous parlons de bien-être au quotidien, je l’affirme, quel que soit son travail, quel que soit son boss, nous pouvons améliorer notre bien-être au quotidien, même si notre entreprise n’en a que faire.

Le problème central du concept de bonheur au travail est que chaque individu n’en maîtrise pas l’ensemble des données mais, surtout que, factuellement, il y a énormément de salariés qui n’aiment tout simplement pas leur travail et qui n’ont pas le choix.

L'homme me surprend. il sacrifie sa santé pour gagner de l'argent. Ensuite, il sacrifie de l'argent pour recouvrer sa santé. Et il est si inquiet pour l'avenir qu'il ne profite pas du présent; le résultat étant qu'il ne vit ni dans le présent ni dans le futur; il vit comme s'il ne mourrait jamais, puis mourait sans avoir vraiment vécu.

Dalaï Lama

Alors, je le sais bien, celles et ceux qui parlent de bonheur au travail ne pensent pas à mal mais il serait bon de rappeler à tout le monde qu’aimer son travail n’est pas une finalité vitale, que le top du top de la vie, ce n’est pas de nager dans le bonheur professionnel. Que ce soit mieux si c’est le cas ? Aucun doute à ce sujet. Que tout le monde puisse y accéder ? Impossible à moins, ce qui n’est pas inenvisageable au regard d’études faites notamment par Google, de mettre fin au concept même de travail.

Le bonheur me semble être une course sans fin, un fantasme après lequel on court sans jamais véritablement l’atteindre. Se contenter de ce que l’on a, s’en satisfaire et optimiser son bien-être, et éventuellement trouver une forme de bonheur personnel, ça me semble être très réalisable à très court terme. Et ce n’est pas manquer d’ambition que de dire cela. C’est juste essayer de cesser de vivre dans la frustration de ne pas atteindre un objectif trop ambitieux au lieu d’être juste bien avec ce que l’on a.

Le bonheur est une quête, le bien-être un état. Alors le bonheur au travail est peut-être une réalité que l’on peut atteindre mais au lieu de se stresser pour quelque chose qui arrivera, peut-être, demain, ne vaut-il pas mieux faire en sorte que, dès demain, mon bien-être s’améliore ? C’est exactement comme avec la théorie de l’escalier. Selon moi, le bonheur au travail est tout en haut d’un gigantesque escalier de 4 000 marches et c’est assez déprimant de considérer la distance qui me sépare de celui-ci. Le bien-être, ou plus exactement le mieux-être, commence dès la première marche et monter une marche après l’autre, ça, nous pouvons toutes et tous le faire. Certains arriveront peut-être en haut de l’escalier, tant mieux pour eux. Mais pour tous les autres, ce n’est absolument pas grave tant que vous avez décidé de commencer l’ascension avec enthousiasme.

Gaël Chatelain-Berry



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