Etre manager est-il le métier le plus difficile en entreprise ?



Il arrive souvent, à la fin de l'une de mes conférences, que l'on vienne me voir pour me dire "Gaël, ce que vous dites, c’est bien, mais franchement, vous n'insistez pas assez sur le fait qu'être manager, c'est difficile".

Et je dois bien avouer que c'est vrai, je n'insiste pas énormément sur le fait qu'être manager est un métier difficile, très difficile.

1- Le manager est entre le marteau et l'enclume

Au-dessus de lui sa hiérarchie qui va lui donner des objectifs, des instructions, une stratégie et en dessous de lui, une équipe qu'il va falloir convaincre que tout cela est parfait, même si ses convictions vont parfois à l'encontre des décisions de sa propre hiérarchie. Et oui, un manager se doit avant tout d'être solidaire de sa propre hiérarchie, quitte à avoir à assumer des choses qu'il n'approuve pas. Comme le disait Jean-Pierre Chevènement en 1983, au moment de démissionner du Gouvernement de François Mitterrand avec lequel il était en désaccord profond "un ministre, ça ferme sa gueule, ou bien il démissionne". N'en serait-il pas de même pour un manager ?

2- Le manager n'a que peu de reconnaissance de la part de ses équipes

Quelle que soit la qualité du manager, il est très rare d'avoir de la reconnaissance directe et permanente de la part de ses équipes. Si un manager attend celle-ci pour se motiver, il risque d'être déçu. Il y a une forme d'altruisme dans le fait d'être manager. Sa motivation, il va falloir qu'il/elle la trouve en lui/elle-même. Pour les personnes qui ont des enfants, il en va de même... l'ingratitude de ces derniers est parfois grande, surtout au moment de l'adolescence mais cela ne nous empêche pas de les aimer. Je sais que ce comparatif manager/parent n'est pas "politiquement correct" et pourtant, j'y trouve bien des points communs.

“Le sage ne rencontre pas de difficultés. Car il vit dans la conscience des difficultés. Et donc n'en souffre pas.”

Lao-Tseu

3- Le manager subit beaucoup de pressions

Souvent, le manager va porter la responsabilité des résultats d'une stratégie qu'il n'a pas créée. Et de ce fait, étant plus opérationnel que ses n+1, ces derniers vont lui mettre une énorme pression pour prouver que leur stratégie est la bonne, exigeant toujours plus afin d'atteindre au plus vite les résultats escomptés. Compliqué d'être le bras armé d'une organisation puisqu'en la matière, l'échec n'est que peu accepté.

4- Le manager travaille souvent beaucoup

Ce point est souvent la conséquence des points précédents. Une journée de travail ne suffit plus pour tout faire. Les mails vont commencer à être lu le soir, le week-end. Et ce n'est pas un choix personnel mais souvent parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives du fait de la multiplication des réunions. Avoir du temps pour faire du travail de fond est de plus en plus difficile pendant la journée "normale"... alors elle se rallonge.

5- Le manager est souvent seul

Pour beaucoup de managers, dire "je ne sais pas" ou "je ne peux pas" est souvent un aveu d'échec perçu par l'intéressé comme un aveu d'incompétence. Et ainsi, petit à petit, le manager va s’isoler, pensant pouvoir tout gérer seul. La hiérarchie et la culture d’entreprise y est parfois pour beaucoup, poussant ses managers à devoir être des Supermen et des Wonderwomen, ce qui au final n’est que rarement une réalité concrète.

Alors OUI, le métier de manager est quelque chose de difficile mais en quoi cela est-il important ou grave ? Devenir manager est un choix, pas une obligation. Bien sur qu’il fait une part d’abnégation et peut-être un petit peu de masochisme pour le devenir mais, à ma connaissance, personne ne s’est jamais retrouvé avec un pistolet sur la tempe pour accepter ce job. Par contre, ce qui est vrai de ma génération, la X, devenir manager était dans l’inconscient collectif globalement admis comme étant l’objectif d’une carrière, un aboutissement. Mais ce qui était vrai de ma génération ne l’est plus des nouvelles, les Y et les Z.

Selon une étude de l'Observatoire CEGOS, 66% des 1.025 salariés interrogés n’ont pas pour ambition de devenir manager. Faut-il pour autant sans inquiéter ? Non, clairement non, et, mieux, c’est une excellente nouvelle ! Au lieu de regarder le verre à moitié vide, il faut regarder le verre à moitié plein. 24% des jeunes générations souhaitent devenir manager or, selon une étude de la APEC est de 14%. Clairement, tout le monde ne pourra devenir manager et seuls celles et ceux qui seront motivé(e)s, même en sachant que le métier est difficile le feront. Il ne faut se dire que ce sont 64% des jeunes qui pensent que le métier de manager est nul, mais plutôt, juste, qu’ils n’en font pas un objectif de carrière pour EUX, contrairement à leurs ainés.

Conclusion

Oui, être manager est difficile. Cela peut-il changer ? Oui, mais à la marge. Bien entendu, la déconnexion numérique fera probablement retomber un petit peu de pression mais à partir du moment où vous devenez responsable de personnes… la pression apparaît avec la responsabilité. Le métier de manager sera toujours difficile, pas forcément LE plus difficile (le concept même de complexité étant subjectif) et toute personne qui ne tirerait pas de plaisir à gérer cette difficulté devrait se poser la question de savoir si, véritablement, il souhaite exercer ce métier par intérêt intellectuel ou juste… parce que ça fait bien sur la carte de visite. Et en cela, une fois de plus, les générations Y et Z prennent le bon chemin et nous amènerons peut-être vers plus de bien-être en entreprise grâce à un management de meilleure qualité.

Gaël Chatelain-Berry



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