Faut-il avoir des convictions fortes pour pouvoir naviguer en entreprise ?

Mis à jour : mars 4



Une question qui m’est très souvent posée, c’est de savoir s’il faut être conformiste ou non pour être « bon » en entreprise. S’il faut se fondre dans la masse ou au contraire essayer à tout prix d’émerger. La réponse facile est la suivante : il ne faut jamais entrer dans le moule, sauf si tu veux passer pour une tarte.


Bon, ça, c’est la réponse un petit peu potache, mais pardonnez-moi, après une semaine de vacances, mon esprit est un tantinet plus léger. En fait, la question n’est pas tant de savoir s’il faut être comme les autres ou être différent, la question est d’être, avant toute chose : SOI-MÊME ! Or, nous avons toutes et tous des convictions, qu’elles soient éthiques, politiques, morales, religieuses ou que sais-je encore. Dans notre vie personnelle, il peut nous arriver de nous battre pour nos convictions ; pas toujours, forcément, des grands combats qui nous font monter sur des barricades, mais des choses qui nous donnent l’énergie de nous battre jusqu’au bout pour obtenir ce que nous estimons être juste ou bon. Et bien en entreprise, il en va de même.


Quoi de pire qu’un salarié, qu’il soit manager ou managé, qui est toujours d’accord avec tout, qui change d’avis en fonction de l’orientation du vent ? Une décision se prend par conviction, même si celle-ci comporte une partie de doute, jamais au hasard.

Cela étant dit, l’extrême inverse n’est pas plus enviable ; avoir des convictions sur absolument tous les sujets peut au mieux devenir épuisant pour son entourage proche et, au pire, totalement décrédibiliser la personne n’étant faite que de convictions. Et non, personne n’est omniscient, or, une conviction doit un minimum se fonder sur du concret, du factuel. Si quelqu’un demande à son boss « dis, pourquoi tu prends cette décision ? Tu es bien certain ? » et que la réponse du manager est « bah, parce que j’en suis convaincu, ça ne te suffis pas ? », j’ai bien peur qu’en termes de motivation, le niveau baisse dramatiquement.


Mais alors… comment faire ? C’est assez simple en fait.


En premier, il est fondamental de choisir ses combats, et les prioriser. Défendre des convictions qui nous tiennent à cœur demande du temps et de l’énergie. Comme le disait ma grand-mère, à courir plusieurs lièvres à la fois, on finit par s’épuiser. Si vous voulez vous battre pour que l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes soit totale, cela passera probablement avant la conviction que vous avez qu’il n’y a pas assez de haricots verts à la cantine à midi. Une personne convaincue n’en sera que plus convaincante que si elle donne le sentiment que le sujet est fondamental à ses yeux. Si la même personne cumule deux, trois, dix combats en parallèle, son niveau de crédibilité sur chaque sujet sera inversement proportionnel au nombre de ceux-ci.

« Le meilleur moyen pour amener autrui à "partager" votre conviction, n'est pas toujours de proclamer celle-ci.” André Gide

En second, il faut intégrer le fait qu’avoir des convictions ne signifie pas nécessairement avoir raison. Quoi de pire que quelqu’un de tellement convaincu qu’il n’écoute même plus les éventuels contre-arguments ? Avoir une conviction personnelle doit servir de point de départ à une réflexion commune, seul moyen de mettre en place un plan d’action efficace. Une personne, aussi convaincue soit-elle, qui imposerait sa volonté sans intégrer les remarques, contradictions voire sans vouloir admettre qu’elle pourrait avoir tort, cela porte un nom : un dictateur. Bon, j’ai rencontré des managers qui appartenaient à cette catégorie et, dans absolument 100% des cas, leur carrière a eu un coup d’arrêt assez radical.

Parfois, en entreprise, comme dans la vie personnelle, des conflits naissent du fait que deux convictions en apparence opposées s’affrontent. Vous allez me dire que l’une des deux parties va devoir faire un compromis ? Et bien non, pas forcément, et je vais vous le prouver.


Imaginez que je vous montre une feuille avec un énorme « 6 » imprimé dessus et que je vous demande ce que vous voyez. Bien sûr, vous allez me répondre « bah… c’est un 6 ». Puis à votre voisin, je vais montrer la même feuille, mais en lui ayant fait faire une rotation de 180°. Je vais lui poser la même question. La personne va me répondre, convaincue « mais enfin, Gaël, c’est un neuf ». Et oui, tout est question de point de vue. Aucune de ces personnes n’a raison, ni tort. Je fais parfois cet exercice lors de mes séminaires de management et, une fois, un manager à qui je montrais un six m’a répondu, voyant l’arnaque venir « c’est un neuf à l’envers…. Je n’y avais jamais pensé. Effectivement, sur cette même feuille, il y a un six, un neuf, un 6 à l’envers, un 9 à l’envers et deux formes auxquelles on peut donner l’interprétation que l’on veut. Une conviction n’est jamais qu’un point de vue.


Alors, bien entendu, pour certains sujets, il n’y a pas énormément de points de vue envisageables. L’égalité des salaires par exemple, la suppression des discriminations quelles soient et bien d’autres sujets. Mais, très souvent, dans notre quotidien au travail, nos combats ne sont pas forcément de grandes causes et il faut parfois admettre que ce que l’on voyait comme un six est peut-être un neuf. Admettre cela ne montre en rien notre faiblesse ou notre incapacité à défendre une conviction, mais au contraire notre ouverture d’esprit et, surtout, notre volonté d’aller au-delà de notre petit nombril que l’on pense parfois comme étant trop le centre du monde, non ?


Gaël Chatelain-Berry


Pour aller plus loin :

1- Comment être crédible au travail ?

2- Mettre fin au culte de la perfection


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