A-t-on vraiment besoin de managers en entreprise ?


Illustration :  @demaincommenceajourdhui / https://www.instagram.com/demaincommenceaujourdhui/


Holacratie, entreprise libérée, Sociocratie, autant de concepts qui remettent en cause le fonctionnement traditionnel de l’entreprise, le fonctionnement pyramidal dans lequel tout vient d’en haut pour redescendre en cascade sur l’ensemble de l’entreprise.


Ayant moi-même été manager pendant des années, j’ai regardé avec intérêt tous ces concepts qui, d’une manière ou d’une autre, remettaient en question le concept de manager tel qu’on l’imagine. Mais, dès que vous commencez à creuser, vous réalisez qu’en fonction des entreprises, la réalité est loin d’être aussi triviale que la simple suppression d’une ligne hiérarchique. En fait, il est possible de classer en deux grandes catégories les entreprises qui appliquent de nouveaux modes organisationnels :


1- Les start-up/entreprises de petite taille (ie moins de 20 salariés)

Je ne m’étendrais pas longtemps sur ce cas. Souvent, le fantasme de l’entreprise sans manager est une réalité simple à mettre en place avec peu de salariés. Dès que le cap de 20 salariés est passé, les fondateurs réalisent bien vite que le côté « on est toutes et tous égaux devant la décision » ne peux pas fonctionner. Se pose alors la question du type d’organisation à choisir.


Le fonctionnement communautaire, bien que très sympathique et séduisant dans sa philosophie, ne peut fonctionner à partir d’une certaine taille.


2- Les entreprises « matures »

Bien souvent, les entreprises qui mettent en place une organisation telle que celle évoquée en introduction tiennent un discours relativement radical contre le concept de manager. J’ai parfois rencontré des DRH ou des dirigeants qui exprimaient assez clairement que le concept même de manager était ringard, d’un autre temps, et je vous promets que moi-même je me suis posé la question… le management est-il un concept qui va disparaître ?


Alors je ne vous parle pas des entreprises qui vont vous expliquer qu’elles n’ont plus de managers… mais des « teams leaders ». Bon, là, il s’agit d’une escroquerie intellectuelle opérée en changeant juste un mot dans une organisation qui ne change pas. Je parle d’entreprises qui appliquent pratiquement à la lettre les théories de l’holacratie ou de la sociocratie. (Pour en savoir plus sur ces deux sujets, vous pouvez écouter les épisodes #169 et #192 de mon podcast Happy Work).


Et en fait, plus je creusais, plus je me rendais compte que la question n’est en rien le mode d’organisation, mais le mode de décision qui était fondamental. Certes, quand une réorganisation globale est annoncée, cela marque le point de départ d’une nouvelle ère, mais bien des entreprises ont transformé leur process de décision sans toucher à leur organisation.


Je ne crois pas que la modernité soit dans un changement radical d’organisation. Par contre, changer son modèle de prise de décision est non seulement fondamental, mais incontournable.


Peu importe quelle organisation est choisie, ce qui compte avant toute chose est de se poser les questions suivantes concernant toute décision :


1- La décision est-elle partagée ?

Dans « l’ancien monde », un petit groupe de personnes décidait de tout. Aujourd’hui, que ce soit au travers de groupes de projets ou de réunion de réflexion, les équipes ne devraient plus jamais découvrir une décision tombée du ciel du jour au lendemain.


Le partage de la décision, c’est le fait de mettre toutes les énergies au service de l’entreprise et de son évolution. Il y a quelques années, je devais lancer un nouveau service internet et quelle ne fut pas la surprise de mon équipe web quand je leur ai demandé d’intégrer une personne du service entretien dans le groupe de réflexion.

- Gaël, en quoi un homme ou une femme de ménage pourrait nous être utile ?

- Ces personnes seront utilisateurs du service. Leur regard est aussi important que le notre.


Le regard hiérarchique dans le process de décision est de moins en moins important. Être manager n’a jamais été une garantie de créativité supérieure et, d’ailleurs, le partage de la décision augmente la créativité collective, mais enlève également une certaine pression sur les managers, ce qui est toujours bon à prendre.


2- La décision est-elle assumée

Vous avez probablement remarqué, dans la vie comme en entreprise, que c’est quand plus rien ne va que l’on voit les vraies personnalités et nos amis. L’une des fonctions du manager, c’est d’assumer une décision en cas de problème et de tout faire pour trouver une solution.


Imaginer une entreprise sans manager signifierait qu’en cas de problème, il faudrait désigner un coupable un petit peu au hasard, ou se contenter d’un flou artistique… Étrange tout de même.


Qu’il soit appelé manager, chef de projet, premier de cercle ou autre, le tout est de pouvoir identifier pour chaque décision une personne qui pourra agir en cas de problème.



3- La décision est-elle dans l’intérêt du plus grand nombre ?

Parfois, le manager de l’ancien temps pouvait prendre des décisions pour son seul intérêt ou d’un groupe d’individu. La notion de collectif en entreprise est devenue absolument centrale, et encore plus aujourd’hui du fait de la pandémie. La notion d’individualisme n’a plus de sens quand il s’agit de stratégie ou de ressources humaines.


Oui, je le sais, l’ancien monde est encore bien présent dans les modes de management en entreprise, et c’est peut-être le cas de la vôtre, mais les choses changent et évoluent petit à petit. Sans aller jusqu’à parler d’altruisme, le management d’aujourd’hui, quelle que soit l’organisation choisie, doit en faire preuve.


CONCLUSION

Ne vous méprenez pas, je ne dis pas que l’holacratie, l’entreprise libérée ou la sociocratie sont des fumisteries, loin de moi cette idée. Mon point est plutôt de dire que ces organisations font le choix d’un mode de décision qui peut tout à fait s’appliquer dans une organisation classique et heureusement car, bien souvent, ces organisations originales sont mises en place dès l’origine de l’entreprise, ou quand leur taille est suffisamment petite pour permettre une souplesse dans le changement.


Imaginer qu’il serait possible de transformer l’organisation d’un L’Oréal ou de la SNCF en entreprise libérée serait illusoire pour ne pas dire dangereux. Par contre, faire évoluer les modes de décisions, réduire les couches successives de management, ça, toutes les entreprises peuvent le faire !


Et pour répondre de façon définitive à la question posée dans le titre de cet article, oui, l’entreprise aura toujours besoin de managers… ensuite, de savoir comment nous l’appellerons dans les années à venir, c’est une toute autre question à laquelle je ne saurai répondre !



Gaël Chatelain-Berry


Pour aller plus loin :

Etre manager est-il le métier le plus difficile en entreprise ?

Les 5 qualités du manager idéal... selon son équipe !



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