Comment arrêter de subir son travail et reprendre la main
- 28 août
- 5 min de lecture

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Pendant longtemps, j’ai fait ce que l’on attendait de moi. Je travaillais, je livrais, j’assistais aux réunions, je répondais aux sollicitations. Mais quelque chose s’était progressivement décalé : mes journées appartenaient davantage aux agendas des autres qu’à mes propres priorités. Jusqu’au jour où j’ai décidé de ne plus subir.
Il n’y a pas toujours besoin d’un burn-out ou d’une crise spectaculaire pour comprendre que quelque chose ne va plus. Parfois, le malaise est beaucoup plus banal. On continue à faire son travail correctement, on tient ses engagements, on avance, mais avec cette impression diffuse de passer son temps à réagir plutôt qu’à choisir.
C’est exactement ce que je vivais. Le dimanche soir, je connaissais très bien cette fameuse boule au ventre dont je parle souvent dans Happy Work. Et le matin, il y avait cette petite résistance avant de commencer, cette sensation que mes journées étaient construites par les urgences, les réunions et les demandes des autres, beaucoup plus que par ce qui comptait réellement pour moi. Le déclic est arrivé après une journée entière passée en réunion. Sept heures. Le soir, j’ai regardé ma liste de choses à faire et j’ai constaté que rien de ce qui avait vraiment de la valeur à mes yeux n’avait avancé. Pas une page écrite, pas une idée explorée, pas un projet important nourri. À ce moment-là, je me suis simplement dit : je ne veux plus vivre comme ça.
Ce qui compte vraiment
La première question que je me suis alors posée était extrêmement simple : qu’est-ce que je veux réellement faire de mon temps professionnel ? Pas ce que mon poste attend de moi, pas ce que les autres pensent que je devrais faire, mais ce qui me donne véritablement de l’énergie.
Pour moi, la réponse était assez évidente dès que j’ai accepté de la regarder franchement. J’aime écrire, parler de management et de bien-être au travail, donner des conférences, créer Happy Work, produire du contenu et recevoir ces messages de personnes qui m’expliquent qu’un épisode ou un post a changé quelque chose dans leur manière de voir leur travail.
À l’inverse, tout ce qui venait grignoter cet espace devenait de plus en plus visible. Les réunions inutiles, les tâches administratives interminables, les sollicitations sans rapport avec ce que je voulais construire et toutes ces obligations que l’on accepte parfois simplement parce qu’elles existent depuis longtemps.
Le problème n’était donc pas forcément que je travaillais trop. Le problème était que trop de mon énergie partait dans des choses qui ne correspondaient pas à ce que je voulais réellement développer. Et cette différence change énormément de choses.
Choisir davantage
Arrêter de subir ne s’est pas traduit par une décision spectaculaire. Je n’ai évidemment pas quitté brutalement mon activité. Cela aurait été assez particulier puisque c’est ma propre entreprise. Le changement s’est fait de manière beaucoup plus progressive. J’ai commencé à faire des choix plus conscients. Accepter certaines propositions et en refuser d’autres. Décider quels projets méritaient réellement mon énergie et lesquels pouvaient disparaître. Protéger du temps pour créer plutôt que remplir systématiquement chaque espace disponible de mon agenda.
Ces décisions paraissent modestes lorsqu’on les regarde séparément. Pourtant, elles modifient profondément une vie professionnelle lorsqu’elles s’accumulent. Dire non à une réunion inutile libère une heure. Ne pas répondre immédiatement à chaque email libère de la concentration. Abandonner un projet sans réel intérêt libère de l’énergie mentale.
À mesure que ces choix se sont multipliés, quelque chose d’assez contre-intuitif s’est produit : j’ai commencé à produire davantage tout en ayant le sentiment de subir beaucoup moins. Non pas parce que mes journées étaient devenues plus longues, mais parce que leur contenu correspondait davantage à ce que je voulais réellement accomplir.
Faire mieux, pas plus
Aujourd’hui, je produis beaucoup plus qu’avant. Les livres, les conférences, Happy Work, les contenus et tous les projets qui gravitent autour ont pris une place considérable. Pourtant, je travaille désormais quatre jours par semaine.
Cette organisation n’est pas apparue comme un privilège tombé du ciel. Elle est la conséquence d’une succession de décisions prises plusieurs années auparavant. J’ai progressivement appris à concentrer mon énergie sur ce qui apporte réellement de la valeur et à éliminer beaucoup plus fermement ce qui n’en apporte pas.
Le cinquième jour est devenu un espace protégé. Il peut servir à récupérer, à créer autrement ou simplement à vivre. Et cette respiration améliore également la qualité des quatre autres jours. Parce que l’énergie disponible n’est pas infinie, même lorsqu’on aime profondément son travail. Cette évolution m’a appris quelque chose d’essentiel : productivité et temps de travail ne sont pas synonymes. On peut passer énormément d’heures devant son ordinateur sans avancer sur ce qui compte réellement. À l’inverse, quelques heures extrêmement concentrées peuvent avoir beaucoup plus d’impact qu’une journée entière fragmentée par les sollicitations.
Commencer petit
La décision d’arrêter de subir son travail commence rarement par un immense changement. Elle commence beaucoup plus souvent par une question honnête : ce que je fais aujourd’hui correspond-il réellement à ce que je veux faire de mon temps et de mon énergie ?
Si la réponse est non, la question suivante devient beaucoup plus concrète : qu’est-ce que je peux modifier dès maintenant ? Pas lorsque les conditions seront parfaites. Pas dans six mois. Aujourd’hui. Même quelque chose de très simple.
Prenons les emails. Répondre à chaque notification au moment où elle arrive fragmente complètement la concentration. Une alternative consiste simplement à prévenir ses interlocuteurs que les emails seront traités deux fois par jour, par exemple à 10 heures puis à 16 heures, et qu’en cas d’urgence réelle, le téléphone reste disponible.
Ce genre de changement peut sembler anecdotique. Pourtant, ces petites règles finissent par redonner de la maîtrise sur le temps professionnel. Et c’est souvent cette maîtrise qui permet de retrouver progressivement le plaisir de travailler.
Subir son travail résulte parfois d’une accumulation de petits renoncements : un oui donné alors que l’on voulait dire non, une habitude conservée uniquement parce qu’elle existe depuis toujours, une priorité imposée à laquelle on n’a jamais vraiment réfléchi. Reprendre la main consiste souvent à défaire cette accumulation dans le sens inverse.
Conclusion
Nous avons tous des contraintes professionnelles. Certaines ne peuvent pas être supprimées et il serait irréaliste de prétendre pouvoir transformer chaque journée en succession de tâches passionnantes. Mais il existe une différence considérable entre intégrer ces contraintes dans une organisation que l’on a choisie et laisser les contraintes décider de toute notre organisation.
Arrêter de subir ne signifie donc pas tout quitter. Cela signifie commencer à reprendre la responsabilité de son temps, de son énergie et des décisions qui structurent progressivement notre quotidien professionnel. Ce changement demande parfois du courage. Il faut accepter de dire non, de modifier certaines habitudes et parfois de décevoir des personnes habituées à notre disponibilité permanente. Mais, petit à petit, le rapport au travail change.
Et puis un matin, vous réalisez que ce que vous êtes en train de faire n’est plus seulement ce que l’on attend de vous. C’est aussi quelque chose que vous avez réellement choisi.
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