top of page

Éthique au travail : faut-il risquer son emploi pour défendre ses valeurs ?

  • il y a 11 minutes
  • 4 min de lecture


🔥🔥🔥🔥 Pour écouter la version audio de cet article sur votre plateforme préférée : lnk.to/gGir9N


Il y a des moments professionnels que l’on n’oublie jamais. Pas parce qu’ils sont glorieux, mais parce qu’ils nous obligent à choisir entre notre carrière et nos valeurs. Il y a plusieurs années, un manager m’a demandé de falsifier un document. J’ai refusé. Quelque temps plus tard, j’ai été licencié. Avec le recul, cette expérience reste pourtant l’une des plus fondatrices de ma vie professionnelle.

Les demandes contraires à nos valeurs arrivent rarement sous la forme d’un grand dilemme moral clairement annoncé. Personne ne vous dit : « Je vous demande de faire quelque chose de malhonnête. » On vous parle plutôt d’arrangement, de souplesse ou de pragmatisme. Dans mon cas, falsifier un document m’avait presque été présenté comme une formalité : une signature à mettre au bon endroit pour arranger tout le monde.


C’est précisément ce qui rend ces situations dangereuses. Les mots utilisés atténuent la réalité et peuvent nous amener à accepter progressivement quelque chose que nous aurions immédiatement refusé si cela avait été formulé clairement. La première responsabilité consiste donc à regarder derrière cet habillage et à nommer intérieurement ce qui nous est réellement demandé.


Le refus a un prix

Lorsque j’ai refusé, je savais que cette décision pouvait avoir des conséquences. Je ne me suis pas dit que mon manager comprendrait nécessairement ma position et que tout rentrerait tranquillement dans l’ordre. Je savais que cela pouvait mal se passer. Et quelque temps plus tard, j’ai effectivement été licencié.


Cette expérience m’a pourtant appris quelque chose qui ne m’a jamais quitté : le prix du refus, même lorsqu’il est élevé, peut être inférieur au prix que l’on aurait payé en acceptant. Une compromission ne disparaît pas lorsque la journée de travail se termine. Elle reste quelque part dans notre histoire et peut modifier durablement la manière dont nous nous regardons nous-mêmes.


Nommer et documenter

Face à une demande qui vous semble contraire à vos valeurs, la première protection consiste donc à la nommer précisément. Si quelqu’un vous demande de falsifier un document, ne reformulez pas intérieurement cela comme « rendre un petit service ». Dites-vous clairement ce qui se passe. Cette lucidité permet d’éviter que des mots rassurants viennent progressivement déplacer vos propres limites.


La deuxième protection consiste à garder une trace de ce qui s’est passé. Lorsqu’une demande sensible est formulée uniquement à l’oral, la reformuler ensuite par écrit permet de clarifier ce que vous avez compris et d’en conserver une trace. Dans mon cas, la question n’était d’ailleurs pas uniquement morale : si le document falsifié avait ensuite posé un problème, j’aurais pu moi-même avoir à répondre de ce que j’avais accepté de faire.


Connaître ses limites

Il est également utile de réfléchir à ses limites avant d’y être confronté. Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour conserver un poste ? Qu’êtes-vous prêt à accepter ? Et surtout, qu’est-ce qui, quelles que soient les conséquences, restera pour vous non négociable ? Ces questions sont difficiles, mais il est beaucoup plus simple de les examiner à froid que lorsque vous êtes face à votre manager et devez répondre immédiatement.


Dire non peut coûter cher. Il serait naïf de prétendre le contraire. Il peut y avoir des tensions, une évolution professionnelle compromise et, dans certains cas, la perte d’un emploi. Mais connaître ses lignes rouges permet au moins de ne pas les découvrir au moment précis où quelqu’un vous demande de les franchir.


Choisir ses valeurs

Avec le recul, je ne considère pas mon licenciement comme une défaite. Sur le moment, bien entendu, perdre son emploi est déstabilisant et inquiétant. Mais ce que j’ai gagné dans cette situation s’est révélé beaucoup plus durable : la certitude que, confronté aujourd’hui à la même demande, je prendrais exactement la même décision.


L’éthique professionnelle n’est donc pas un sujet abstrait réservé aux grandes affaires qui font la une des journaux. Elle se joue aussi dans des bureaux ordinaires, lors de conversations apparemment banales et parfois autour d’une simple signature. Nous ne pouvons pas toujours contrôler ce que quelqu’un nous demandera de faire. Nous pouvons, en revanche, décider de ce que nous accepterons de faire.


Conclusion

On parle beaucoup de carrière en termes de postes occupés, de promotions, de responsabilités ou de réussites. Pourtant, avec les années, certains des moments professionnels dont nous nous souvenons le plus précisément n’ont rien à voir avec ces éléments. Ce sont parfois les moments où nous avons dû choisir. Choisir entre ce qui était plus simple et ce qui nous semblait juste. Entre préserver une situation professionnelle et préserver l’image que nous avons de nous-mêmes. Entre accepter quelque chose pour éviter les conséquences ou refuser en sachant parfaitement qu’il pourrait y en avoir.


Dans mon cas, le prix a été un licenciement. Plusieurs années plus tard, je peux pourtant dire que je n’ai jamais regretté cette décision, pas une seule seconde. Parce qu’une carrière peut se reconstruire. Un poste peut être remplacé. Mais certaines décisions restent avec nous beaucoup plus longtemps. Et parfois, perdre quelque chose professionnellement permet aussi de découvrir quelque chose de beaucoup plus important : les valeurs que nous ne sommes pas prêts à perdre.




Continuez l’expérience Happy Work

Pour ne rien manquer de mes contenus et ressources sur le bien-être au travail :


Avec Bob sur scène

L'AUTEUR
portrait g chatelain 1.jpg
Mes derniers livres
Capture d’écran 2023-04-03 à 13.20.29.png
009954074.jpeg
Capture d’écran 2021-02-09 à 08.50.14.
couv-BE (1).jpg
Le dernier épisode du podcast Happy Work
bottom of page