Motivation au travail : les 5 nouveaux leviers



La motivation au travail des salariés, que ce soit en présentiel ou en télétravail, est, bien entendu, l’un des enjeux fondamentaux pour une entreprise. Plus la motivation est élevée, plus l’engagement est élevé, plus la loyauté est élevée et plus la productivité est élevée. En résumé, savoir motiver ses salariés est une sorte de graal en entreprise. Ok, une fois ces portes ouvertes enfoncées, pourquoi faire un nième article sur la motivation des salariés ? Parce que, à mon sens, les cartes de la motivation ont été redistribuées.


Beaucoup d’enquêtes ont été réalisées durant les années passées qui ont toutes donné les mêmes résultats, dans des ordres différents selon les études, mais les grands gagnants pour motiver ses équipes étaient toujours le salaire, la qualité du feedback et la reconnaissance donnée aux salariés et l’adéquation des valeurs des salariés avec celles de l’entreprise. Mais ça, c’était avant.


Post-confinement, toutes les études montrent une chute drastique de la motivation des salariés. Suffirait-il d’annoncer une augmentation générale des salaires ? Au-delà du côté irréaliste économiquement de cette idée, il est fort probable que les facteurs de motivation ne soient plus les mêmes. En termes de leviers, bien entendu, le salaire et la qualité du feedback seront toujours présents, mais n’en doutons pas, les critères suivants vont prendre une importance inédite dans les semaines et mois à venir.


1-   La capacité à communiquer et la transparence

Nous entrons dans une période durant laquelle les incertitudes seront nombreuses. Incertitude sur l’emploi, sur les questions sanitaires, sur la reprise économique. Cela fait beaucoup. Si la seule source d’information sur ces sujets, ce sont les chaînes d’information continue, probable que le moral des salariés tombe furieusement, ainsi que leur motivation. Chaque entreprise va devoir apporter des éléments concrets aux salariés sur chacun de ces sujets. Pour utiliser ce levier de motivation, aucune zone d’ombre ne devra perdurer, d'autant plus qu'il va falloir intégrer le concept encore plus complexe de motivation en télétravail. Ainsi, pour avoir une motivation au top, un salarié doit pouvoir répondre aux questions suivantes :

  • Suis-je en sécurité si je viens travailler en présentiel ? Mon entreprise a-t-elle pris toutes les mesures nécessaires pour que ma santé soit protégée ? La peur d’être contaminé(e) est réelle et il appartient aux entreprises d’expliquer en premier lieu qu’ils connaissent cette peur et qu’elles la trouvent normale et, en second lieu, qu’elles agissent pour réduire le risque du mieux qu’elles puissent. À Hong-Kong, impossible d’entrer dans un magasin ou une entreprise sans masque et sans prise de température. Nous venons juste en France d’imposer le port du masque. Certains diront que c’est inutile ou démagogique (entendu ce matin à la radio par un chroniqueur que je ne nommerais pas), cependant, une chose est certaine, au pire, le port du masque ne sert à rien, au mieux il protège...


  • Mon emploi est-il menacé à court ou moyen terme ? Si oui, quels sont les leviers sur lesquels je peux personnellement agir pour éviter cela ? La peur de perdre son emploi est particulièrement anxiogène et agi bien entendu sur sa motivation personnelle. Avoir un discours transparent sur les éventuelles menaces qui pèsent sur une entreprise permet d’éviter la pire des choses dans une entreprise : la rumeur.


  • Mon entreprise a-t-elle une stratégie claire de reprise à court, moyen et long terme ? Beaucoup d’entreprises ont des stratégies à court et moyen terme, mais toutes ne communiquent pas auprès de leurs salariés sur celles-ci. Bien souvent, ce n’est pas du fait d’une volonté de cacher les choses, mais plutôt d’une idée reçue : la stratégie ne concerne pas tout le monde. Si il est vrai que les décisions stratégiques ne sont pas prises par tous les salariés, si vous souhaitez motiver vos équipes, elles doivent savoir, et comprendre pour quelle cause elles se battent. Imaginez une armée qui irait au combat sans connaître ni son ennemi, ni la raison pour laquelle il faudrait qu’elle se batte… probable qu’il y ait des désertions.


2-   La capacité à s’adapter

Envie de démotiver d’un coup tous les salariés ? C’est assez simple : il faut leur dire qu’il va falloir rattraper le retard accumulé pendant le premier semestre. Ajouter du stress à l’angoisse ne sera jamais un levier de motivation des salariés. Pour pouvoir motiver, il faut être en capacité de rassurer. Prétendre pouvoir rattraper le retard, c’est comme dire à quelqu’un qu’il va pouvoir monter l’Everest en vingt-quatre heures. L’après confinement, c’est une page blanche. Les entreprises qui vont retrouver un fort taux d’engagement sont celles qui pourront tenir un discours qui ressemblerait à cela « écoutez, l’année 2020 sera une année catastrophique, et c’est normal, l’économie mondiale s’est arrêtée pendant 3 mois. Nous ne rattraperons pas le retard, c’est hors de question. Par contre, sur la fin de cette année, nous allons construire des bases solides pour que 2021 soit une année exceptionnelle. Savoir donner une vue court et long terme dans une période où pendant des mois, l’information principale a été de compter les morts et les contaminés, cela redonne une perspective, cela rebooste l’optimisme.


Il est certain que d’un point de vue économique, la situation est loin d’être idéale pour un grand nombre d’entreprises. Cependant, contrairement à beaucoup de pays, la France a mis en place un certain nombre de mesures, notamment le chômage partiel, qui permet d’amortir grandement le choc. Certes, les résultats en fin d’année de beaucoup d’entreprises ne seront pas extraordinaires… mais elles n’auront pas fait faillite. L’idée est de ne jamais comparer 2020 à 2019, rien de tel pour démotiver n’importe quel salarié, mais de se servir de 2020 pour préparer 2021.


3-   Positiver le Covid

On se serait volontiers passé de la corona, n’est-ce pas ? Ok, une fois que cela est dit, les entreprises vont devoir trouver un sens à cette période pour tous leurs salariés. La motivation est liée au sens trouvé dans son travail. Or, pendant le confinement, beaucoup de salariés ne trouvaient plus de sens à leur travail, même s’ils continuaient à travailler à distance. Les entreprises doivent faire un travail en profondeur pour identifier les points positifs qui sont apparus grâce au Covid-19. Le premier est évident : le télétravail. Avant le confinement, seulement 16% des entreprises avaient des accords de télétravail alors que 64% des salariés voulaient en faire. Aujourd’hui, c’est plus de 90% des salariés qui veulent en faire, avec la plus grande partie qui souhaiteraient 2 ou 3 jours par semaine en télétravail. Quoi de plus motivant que de dire aux équipes que grâce au confinement, le télétravail sera beaucoup souple qu’avant. Et cela est factuel. La corona a agi comme un incroyable accélérateur d’une tendance lourde qui existait avant. Bon, ce point est trivial, et tout le monde en parle. Mais, en fonction des entreprises, voici quelques idées de points positifs que l’on peut tirer de cette période :

  • Grâce au confinement, beaucoup d’entreprises se sont posé la question de la qualité de leur management. En effet, en fin de confinement, ces entreprises voulaient évaluer le niveau de motivation des équipes et ont fait des enquêtes internes. Bien souvent, elles se sont rendu compte qu’il était urgent de former les manager aux nouvelles conditions de travail. Non, manager à distance n’est pas un talent inné.

  • Jamais dans l'histoire de l'économie mondiale l'humain n'aura été mis plus en avant que l'économique. Et oui, la santé des salariés est fondamentale. Ne doutons pas que la QVT va connaître une croissance incroyable dans les mois et années qui viennent.

"La meilleure façon de prédire l’avenir est de le créer." Peter Drucker

4-   Remercier

Aucun salarié n’est responsable de la crise que nous traversons. Et pour autant, j’entends énormément de DRH ou de dirigeants dire à quel point ils/elles ont été surpris(es) de l’incroyable niveau d’engagement des équipes pendant le confinement. Y a-t-il eu des tire-au-flanc pendant le confinement ? Oui, aucun doute là-dessus. L’écrasante majorité des salariés ont-ils travaillé plus que de raison pendant cette période : aucun doute également. Paradoxalement, la motivation des équipes était plus élevée quand nous étions en confinement que maintenant où il faut retrouver une forme de normalité (l’une des raison de ce sur-investissement étant la perte de repère du au télétravail forcé à cause duquel, finalement, plus personne n’avait d’horaires) . Et c’est pour cela qu’il faudrait penser à remercier l’implication des équipes pendant le confinement.


Et ce n’est pas simple, pour ne pas dire contre-intuitif : remercier de la motivation des équipes pour une période qui est l’une des périodes où les résultats, d’un point de vue économique, ont été les pires que nous ayons connu depuis la seconde guerre mondiale. Mais imaginons la même période en 1980. Ce n’est pas un ralentissement que nous aurions connu mais un effondrement de l’économie, ou une catastrophe sanitaire inimaginable. Pas d’internet, pas de télétravail… au final, nous étions dans des conditions optimales pour affronter cette crise.


Mais sans l’implication, la motivation des salariés, jamais nous n’aurions pu maintenir un minimum d’activité qui fait que même l’INSEE est en train de nous dire que la reprise est plus rapide que prévu. Sans les salariés et la façon dont ils se sont comportés pour la plupart de façon exemplaire durant le confinement, les prévisions seraient encore plus mauvaises que ce qui est prévu… en gros : MERCI !


5-   Être optimiste

Sommes-nous passés par une terrible crise : oui. Les mois à venir seront-ils difficiles ? Oui, pour certains secteurs. Y-a-t-il le moindre doute sur le fait que 2021 sera une année exceptionnelle si tant est que nous savons maintenir les gestes barrières et contenir la pandémie : aucun. Que ce soit le FMI, l’OCDE, la Banque Mondiale, toutes les plus grandes institutions nationales ou internationales, le pire sera derrière nous en 2021. Vous imaginez…. Moins d’une année après le début de la crise. Les économistes comparent la période actuelle, d’un point de vue économique, à l’après deuxième guerre mondiale. Après cette dernière, la croissance n’a pas explosé en 1946… il aura fallu le temps de la reconstruction. Motiver ses équipes, c’est parler de moyen et de long terme et expliquer que tout ira bien si tant est que nous soyons patients et que nous savons nous adapter.


Il ne s’agit en aucun cas d’être Bisounours, mais factuel. Non, nous ne sommes pas en train de connaître la fin du monde. Certes, une nouvelle négative fera toujours plus d’audience qu’une nouvelle positive ; sans vouloir blâmer nos média, il est vrai que je n’ai pas entendu beaucoup de reportages sur les secteurs qui se portaient bien, sur les secteurs qui envisagent 2021 comme extraordinaire. Chaque entreprise devrait, si son souhait est de motiver ses équipes, mettre en avant les sources d’optimisme dans le futur plutôt que celles de pessimisme à court terme.


Conclusion

Une chose me semble évidente : aucune croissance ne sera envisageable sans motivation. Par contre, aucune motivation ne sera jamais obtenue par un simple désir de croissance. Les dirigeants d’entreprises doivent être patient et intégrer le fait que rien ne se fera sans des ressources humaines impliquées. Bien entendu, les complications de trésorerie, de carnet de commande ne peuvent être niées et, bien entendu, il y aura des faillites. Mais, dans l’absolu, la période que nous vivons n’’st-elle pas l’occasion d’une bonne remise à plat de ce que nous avons pris comme étant LA vérité depuis le début des années 80.


J'entends de plus en plus de dirigeants de grands groupes qui sont en train d’envisager de rapatrier des productions actuellement faites en Chine, vers l’Europe. Et si la crise que nous venons de passer était un retour à ce qui est véritablement essentiel : l’humain.

Je sais, je risque en écrivant cela d’être taxé de grand naïf. Et pourtant, si l’on regarde avec honnêteté ce qui est en train de se passer, pas un salarié ne demande la même chose : qu’il soit écouté. Toutes les entreprises ne pourront répondre à toutes les craintes des salariés, c’est évident, car il existe une réalité économique. Pour autant, pour la première de toute l’histoire mondiale de l’économie, l’humain a été mis au-dessus de l’économique. Et quoi de plus motivant pour un être humain que de savoir que son entreprise prendra toujours plus soin de lui que de son compte de résultat. Oui… je vous l’accorde, sur cette dernière phrase, mon optimisme débordant est probablement un tantinet trop présent… question de nature.


Mais si je devais conclure simplement : la motivation d’un salarié n’est pas un dû, ce n’est que la conséquence d’une politique pertinente des ressources humaines. Si il suffisait de payer un salaire pour motiver les salariés… cela se saurait. 

   

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Gaël Chatelain-Berry


Pour aller plus loin :

1- Le rire, l'humour : sources de motivation ?

2-Les 5 secrets de la motivation au travail



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