Plaidoyer pour le télétravail



Non, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous ressortir les chiffres 1000 fois lus ou entendus de l’augmentation de la productivité ou de l’engagement des salariés lorsqu’ils sont en télétravail. Pourquoi ? Parce que, visiblement, ils n’ont pas l’impact attendu sur l’ensemble des entreprises. Et oui, je reçois encore beaucoup de messages de personnes qui sont désespérées parce que leur entreprise n’a visiblement qu’une hâte : revenir à la « normale ».


Et oui, pour certains managers ou dirigeants, le télétravail est contreproductif et il leur semble urgent de revenir à du 100% présentiel. Bon… et bien si le fait que les chiffres montrent que le télétravail a un impact positif sur les résultats de l’entreprise ne suffit pas, j’ai décidé de faire le point sur la réalité du 100% présentiel. Et bien oui après tout, si certaines personnes pensent que le monde d’avant était nettement plus enviable que celui qui s’offre à nous aujourd’hui, faisons un point sur celui-ci car il semblerait que les mémoires soient courtes.


L’ENGAGEMENT

Il me semble important de rappeler les résultats de l’étude Gallup sortie en 2017 « State of the Global Workplace » qui mesurait l’engagement des salariés en entreprise. Et bien, les chiffres parlent d’eux même.




L’engagement dans le monde pré-covid était faible, très faible. Et si la moyenne des salariés engagés en Europe de l’Ouest est de 10%, il tombe à 6% pour les salariés français. Vous l’aurez compris, vouloir remettre en place un environnement de travail identique à ce qu’il était en 2017 ne semble a priori pas la meilleure idée du monde. Le télétravail est-il LA solution ? Non, bien entendu, il ne peut être l'alpha et l'oméga de l'engagement, mais une chose est certaine, l'organisation du travail telle que nous la connaissions avant le confinement a montré ses limites.


LA CONCENTRATION

On ne va pas se mentir, l’une des craintes des managers « anti-télétravail », c’est que leur équipe passe sa journée devant Netflix plutôt que de travailler. Cette crainte est totalement légitime. Mais je me faisais cette réflexion hier : comment un manager peut-il être certain qu’un membre de son équipe travaille véritablement lorsqu’il est derrière son bureau, en présentiel, et qu’il regarde son ordinateur ?


En fait, en 2014, une étude réalisée par Olfeo, une entreprise française spécialisée dans l’édition de logiciels de sécurité Internet, a montré qu’un salarié passait en moyenne, chaque jour, 113 minutes à surfer sur internet, dont 50 minutes pour des raisons personnelles.


Et oui, cette étude faites en Allemagne, Belgique, France, Luxembourg et Suisse prouvait que le gentil salarié en présentiel pouvait donner l’impression de travailler alors qu’en fait, il regarde des vidéos de petits chats sur Youtube ! Rapporté à une année, ces 50 minutes quotidiennes représentent 25 jours !!!!

 Cela porte un nom : le présentéisme. Quand un grand nombre de pays voient leur journée de travail se finir entre 16 et 17 heures, d’autres, comme la France, sont persuadés que l’implication d’un salarié se mesure au temps qu’il va passer sur son lieu de travail. Or, une loi montre le contresens total de cette attitude, la loi de Parkinson, créée par l’historien du même nom, Cyril Northcote Parkison. Cette loi pose que le temps accordé pour réaliser une tâche va augmenter jusqu’à occuper entièrement le temps qui lui est affecté.


Pour faire simple, imaginons une situation… il est 15 heures, vous êtes au bureau. Un dossier arrive sur votre bureau. Vous estimez qu’il vous faudra 2 heures pour le finaliser. Votre journée se finissant à 18.30, consciemment ou inconsciemment, vous allez mettre 3H30 pour le finaliser, en intégrant des pauses, des vidéos de petits chats etc etc. De fait, vous n’avez pas le choix puisque si vous rentrez chez vous à 17.00 une fois le dossier finalisé, vous aurez forcément un collègue ou votre manager qui vous dira « ben… tu prends ton après-midi ? ».

"Le regret est une seconde erreur." Raymond Latarjet

LE TEMPS PERDU

Le monde d’avant, c’est le monde de métro/boulot/dodo, vous vous en rappelez ? Les embouteillages, les transports bondés, la course perpétuelle après le temps. Selon une étude de la DARES (Direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques) réalisée en 2015, en France, le temps moyen d’un aller-retour domicile/travail était de 50 minutes.

Sur une année, cela représente 8 jours passés dans les transports. 8 jours qui non seulement sont totalement improductifs, mais qui de plus génèrent de la pollution… et du stress.

Toutes les personnes qui ont expérimenté le télétravail le savent : se passer des transports pour aller travailler est une chose absolument formidable non seulement pour le temps gagné, mais pour notre bien-être.


L’ABSENTEISME

Il sera intéressant de voir si les chiffres de l’absentéisme évoluent avec l’augmentation du télétravail. Dans le monde d’avant, voilà les chiffres de l’absentéisme :

France : 16,6 jours en 2015

Espagne : 10,7 jours (en 2015)

Allemagne : 15,2 jours (en 2015)

Italie : 19 jours dans le privé et 17,9 dans le public (en 2014)

Belgique : 14 jours (en 2011)

Royaume-Uni : 5,3 jours (en 2015)


La première cause d’absentéisme est le stress généré par le travail et son cout a été estimé l’année dernière à 108 milliards d’euros par an pour l’économie française. Je suis prêt à parier que, dans les années à venir, ce niveau d’absentéisme, en régulière augmentation depuis longtemps, va commencer à reculer dans les entreprises qui auront une politique de télétravail intégrant 2 ou 3 jours de télétravail par semaine.


CONCLUSION

Avant le COVID-19, seules 16% des entreprises françaises avaient des accords de télétravail. C’est peu, et cela montre à quel point le sujet du télétravail mettait du temps à s’imposer. Alors, sans parler des vertus du télétravail, force est de constater que le « monde d’avant » n’était pas le paradis perdu que semble regretter les ennemis du télétravail.


Le 100% télétravail n’est bien entendu pas une solution, nous l’avons bien vu pendant le confinement, mais la seule question qui est à mon sens pertinente aujourd’hui est celle de la confiance. Il est aujourd’hui indiscutable qu’intégrer une partie significative de télétravail est bon humainement ET économiquement pour les entreprises, et le seul blocage est le manque de confiance que certains managers ou dirigeants ont en leur équipe. Et oui, qui dit télétravail dit autonomie. Si nous mettons de côté le politiquement correct, la crainte des anti-télétravail est que les équipes travaillent moins. Qu’à cela ne tienne : au lieu d’évaluer la qualité de leurs équipes à l’aune des heures passées à travailler, s’ils passaient à un fonctionnement par objectifs, eux aussi adopteraient le télétravail, non ?


Et vous, en ce moment, votre entreprise, c'est l'enfer ou le paradis ? Faites le test de personnalité.


Gaël Chatelain-Berry


Pour aller plus loin :

1-Les 5 clés du management à distance

2- Motivation au travail : les 5 nouveaux leviers


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