Pourquoi personne ne nous apprend vraiment à manager
- Gaël Chatelain-Berry

- 12 déc. 2025
- 4 min de lecture

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Il existe des moments qui, sans prévenir, changent profondément la manière dont nous voyons notre métier. Celui dont je vais vous parler a été un véritable tournant dans ma carrière. Une simple journée, presque banale, qui allait pourtant m’ouvrir les yeux sur l’un des plus grands malentendus du monde du travail : nous confions des responsabilités humaines à des personnes… sans jamais leur apprendre à gérer l’humain.
Ce matin-là, j’arrive au bureau plutôt en forme. Ma to-do list est prête, mes réunions sont organisées, rien ne laisse présager une surprise. Et puis, à 9 h 07, un collaborateur frappe à ma porte. Il entre, il s’assoit, et je sens immédiatement qu’un quelque chose cloche. Son visage est fermé, ses mains tremblent légèrement. Il me regarde et dit :« Gaël, je crois que je vais pas y arriver. »
À ce moment-là, je suis encore un jeune manager sûr que, d’une manière ou d’une autre, tout finit par s’arranger. Je respire, je souris, et je lui sors cette phrase toute faite qu’on m’avait répétée des dizaines de fois :« Non mais t’inquiète pas, ça va aller. »
Sauf que non.Ça ne va pas aller. Et surtout… ça ne l’aide pas du tout.
Il me regarde, encore plus désemparé.« Non, vraiment… je me sens pas légitime. »
Et là, je ressens quelque chose de très brutal : je n’ai aucune idée de ce que je suis censé dire. Aucune.
Je sais faire un budget, je sais préparer un reporting, je sais animer une réunion… mais accompagner un être humain qui doute profondément ? On ne me l’a jamais appris.
Ce jour-là, j’ai compris quelque chose de fondamental : personne ne nous apprend vraiment à manager.On apprend à produire.On apprend à organiser.On apprend à suivre des process. Mais on n’apprend pas ce qui fait tenir une équipe : la relation humaine.
Et plus j’avançais dans ma carrière, plus je voyais cela partout :des managers exceptionnels techniquement mais démunis face aux émotions, des équipes qui souffrent en silence, des conflits qui explosent faute d’avoir été anticipés, et surtout cette culpabilité immense que beaucoup ressentent :la culpabilité de ne pas savoir faire,de ne pas être “assez”,de ne pas avoir les bons mots.
Alors un jour, je me suis demandé : qu’est-ce qui bloque vraiment ?Et j’ai trouvé trois réponses simples.
La psychologie n’est pas un sujet “soft”
Pendant longtemps, on a considéré la psychologie comme un supplément d’âme, un petit plus sympathique, une compétence “émotionnelle” qui n’avait rien à voir avec la vraie performance. Quelle erreur.
La psychologie au travail est tout sauf abstraite.Elle est concrète, quotidienne, mesurable.Quand une personne doute, tout ralentit. Quand l’ambiance se tend, tout s’effondre.Quand une équipe traverse une période difficile, personne ne performe comme il le pourrait.
Un collaborateur qui ne se sent pas légitime, qui n’a pas confiance, qui se sent épuisé ou isolé n’est pas un “problème humain”.C’est un problème de performance. Et un problème prévisible si personne n’est formé à y répondre.
Pendant longtemps, j’ai pensé que “comprendre les émotions” était un bonus.Aujourd’hui, je suis convaincu que c’est un pilier, une compétence centrale, indispensable, que chaque manager devrait apprendre dès son premier poste.
Le manager n’a pas besoin d’être un héros
L’un des plus grands pièges du management, c’est de croire que nous devons avoir réponse à tout.C’est ce que je pensais lors de ces premières années : un manager doit être solide, sûr de lui, infaillible. Une sorte de figure héroïque qui ne tremble jamais.
La vérité est tout autre.
Les équipes n’attendent pas un surhomme.Elles n’attendent pas une surfemme.Elles n’attendent pas un être parfait.
Elles attendent une personne présente, cohérente, honnête, capable de dire :« Je ne sais pas… mais nous allons chercher ensemble. »
Le jour où j’ai accepté de montrer davantage de transparence, de dire quand je doutais, quand je ne savais pas, quand j’avais besoin d’un avis, tout a changé. Les relations avec mes équipes sont devenues plus simples, plus authentiques, plus fluides. Et surtout plus solides.
Être manager, ce n’est pas être invincible.C’est être humain parmi des humains. Et assumer cette humanité allège énormément la pression que beaucoup portent sur leurs épaules.
Ce que les équipes attendent vraiment : la présence
Le troisième point, et peut-être le plus important, est souvent négligé : les collaborateurs n’attendent pas la perfection — ils attendent la présence.
Pas la présence symbolique.Pas la présence physique. La vraie. Celle qui écoute. Celle qui observe. Celle qui prend une minute pour demander sincèrement :« Et… comment ça va ? »
Ces petits moments-là, qui semblent presque insignifiants, sont en réalité le carburant de la sécurité psychologique. Et sans cette sécurité, rien ne fonctionne.Aucune méthode.Aucun outil.Aucun process.
À chaque fois que j’ai pris le temps d’être réellement présent, j’ai vu des personnes reprendre confiance, oser parler, prendre des initiatives, s’autonomiser.La présence change tout.
Et c’est souvent cette compétence-là — la plus accessible , la plus humaine — que personne n’enseigne.
Conclusion
Si je partage cette histoire aujourd’hui, c’est parce que je suis convaincu que nous pouvons transformer le management.Pas en accumulant des outils, ni en inventant des process de plus en plus complexes.Mais en revenant à l’essentiel : l’humain.
Le management n’est pas une somme de techniques.C’est une relation.Un cadre.Une écoute.Un accompagnement.
Et si vous suivez Happy Work depuis quelque temps, vous savez que c’est exactement la direction que je souhaite donner à ce podcast :des épisodes simples, utiles, concrets, ancrés dans la réalité de ce que vivent les salariés et les managers.
Pas de jargon.Pas de grandes théories.Juste du concret, pour mieux comprendre le travail, mieux comprendre les autres… et mieux se comprendre soi-même.
Si ce sujet résonne pour vous, n’hésitez pas à poursuivre cette exploration. Nous avons tellement de choses à reconstruire ensemble.
Pour aller plus loin :
1- Le paradoxe des peurs au travail : et si on avait (enfin) compris ce qui compte vraiment ?
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