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Résilience au travail : pourquoi il ne faut pas toujours chercher à rebondir vite

24 sept.
4 min de lecture


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Un projet supprimé, une promotion qui disparaît, un licenciement, un échec après des mois de travail… Dans le monde professionnel, nous valorisons souvent ceux qui semblent repartir immédiatement. Comme si la vitesse du rebond prouvait la solidité d’une personne. Pourtant, la véritable résilience n’est peut-être pas la capacité à faire comme si rien ne s’était passé. Elle consiste davantage à prendre le temps de comprendre l’épreuve, à identifier ce qu’elle nous apprend et à repartir différemment. Pas forcément plus vite. Mais mieux.

Il y a quelques années, j’ai rencontré un directeur commercial expérimenté qui venait de voir disparaître en quelques minutes un projet sur lequel il travaillait depuis deux ans. Il n’avait pas échoué et son équipe non plus : une décision stratégique prise au-dessus de lui avait simplement mis fin au projet. Lorsque je lui ai demandé comment il allait, sa réponse m’est restée : « Je refuse de rebondir vite juste pour que les autres soient à l’aise avec ma situation. »


Cette phrase bouscule une représentation très répandue de la résilience. Nous admirons celui qui tombe vendredi et revient lundi matin avec le sourire, comme si la rapidité avec laquelle une personne semble tourner la page indiquait sa capacité à encaisser. Mais repartir immédiatement peut aussi empêcher de comprendre ce qui vient de se passer. On recommence alors à courir avec les mêmes habitudes, les mêmes fragilités et les mêmes angles morts.


Ressentir n’est pas céder

Être résilient ne signifie pas davantage devenir imperméable aux événements. Une déception professionnelle peut provoquer de la colère, de la tristesse, du découragement ou un profond sentiment d’injustice. Ces émotions ne prouvent pas que nous sommes fragiles. Elles indiquent simplement que ce qui vient de se produire comptait pour nous.


Chercher immédiatement à les faire disparaître pour afficher une solidité rassurante peut même être contre-productif. La résilience consiste moins à ne rien ressentir qu’à traverser ce que l’on ressent sans y rester enfermé. Accepter qu’une épreuve nous ait affectés est parfois précisément ce qui permet ensuite d’en faire quelque chose d’utile.


Comprendre l’épreuve

Lorsque la poussière commence à retomber, trois questions peuvent aider. Qu’est-ce que cette situation m’a appris sur moi ? Qu’est-ce que je ferais différemment si c’était à refaire ? Et qu’est-ce que cette épreuve m’a permis de voir que je ne voyais pas auparavant ? L’objectif n’est pas de chercher artificiellement du positif dans chaque difficulté, mais d’éviter qu’elle reste uniquement quelque chose que nous avons subi.


Une épreuve professionnelle peut révéler une limite que nous ignorions, une valeur devenue essentielle ou une ressource dont nous n’avions pas conscience. Elle peut également mettre en évidence ce que nous ne souhaitons plus accepter. C’est ce travail d’analyse qui transforme progressivement un événement difficile en expérience et l’expérience en ressource pour la suite.


Identifier ses ressources

La résilience n’est pas une caractéristique que certains posséderaient naturellement et d’autres non. Elle peut se développer au fil des expériences, notamment lorsque nous prenons conscience de ce qui nous aide réellement à traverser les périodes difficiles. Pour certains, ce sera une relation de confiance ; pour d’autres, une activité, une manière de prendre du recul ou la capacité à demander de l’aide.


Les relations professionnelles jouent d’ailleurs un rôle essentiel. Nous imaginons parfois la résilience comme une qualité très individuelle, presque héroïque : tomber seul et se relever seul. Dans la réalité, pouvoir dire à quelques personnes « non, ça ne va pas vraiment » constitue un formidable amortisseur. Un collègue ou un manager de confiance ne supprime pas l’épreuve, mais il peut considérablement modifier la manière dont nous la traversons.


Repartir autrement

Une autre étape consiste à séparer ce qui nous arrive de ce que nous sommes. Un projet peut échouer sans que nous soyons un échec. Une décision peut être mauvaise sans que nous soyons devenus incompétents. Tant que chaque revers devient un jugement global sur notre valeur professionnelle, chaque difficulté menace directement notre identité. Lorsqu’il redevient une information sur une situation précise, il devient beaucoup plus facile d’en tirer quelque chose.


J’ai revu ce directeur commercial un an plus tard. Il avait effectivement pris son temps avant de repartir et construit quelque chose de différent, davantage aligné avec ce qu’il avait compris de lui-même pendant cette période. Il n’avait pas rebondi rapidement. Il avait rebondi autrement. Et c’est peut-être là que se situe la véritable résilience : non pas revenir le plus vite possible exactement là où nous étions, mais utiliser ce qui nous est arrivé pour choisir plus consciemment où nous voulons aller.


Conclusion

Nous avons probablement trop transformé la résilience en performance supplémentaire. Il faudrait supporter la difficulté, rester positif, apprendre immédiatement de l’échec et repartir presque sans ralentir. Mais certaines expériences méritent que nous ralentissions. Certaines nécessitent d’être digérées avant d’être analysées. Et certaines modifient suffisamment notre regard pour que revenir exactement à la situation précédente n’ait même plus de sens.


Prendre ce temps n’est pas manquer de résilience. C’est parfois précisément ce qui permet de la construire.


Après une épreuve professionnelle, la question n’est donc peut-être pas seulement : « Comment vais-je rebondir ? » Elle peut devenir : « Qu’est-ce que je veux faire différemment maintenant que je sais ce que cette expérience m’a appris ? »

La résilience n’est pas une course. Et les personnes qui repartent les premières ne sont pas nécessairement celles qui iront le plus loin.


Parfois, le meilleur rebond n’est simplement pas le plus rapide. C’est celui qui nous emmène dans une meilleure direction.




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