Absentéisme au travail : et si le vrai enjeu était d’agir avant l’arrêt ?

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L’absentéisme est généralement traité comme un problème à résoudre une fois qu’il apparaît. On mesure les arrêts, on analyse leur évolution et on construit des plans d’action. Ces données sont indispensables, mais elles racontent surtout ce qui s’est déjà produit. Dans un sondage réalisé auprès de ma communauté LinkedIn en partenariat avec Harmonie Mutuelle, 84 % des répondants disent ne pas voir, ou presque pas, de dispositifs concrets dans leur entreprise pour limiter l’absentéisme et améliorer le bien-être au travail. Et si l’enjeu consistait désormais à intervenir davantage dans les semaines et les mois qui précèdent l’arrêt ?
Dans mon sondage LinkedIn, 44 % des répondants déclarent qu’il n’existe « pas vraiment » de dispositifs dans leur entreprise pour limiter l’absentéisme et améliorer le bien-être au travail. 29 % répondent « non » et 11 % « je ne sais pas ». Au total, 84 % ne perçoivent donc pas clairement d’actions concrètes sur ce sujet, tandis que 14 % disent identifier des dispositifs réels et efficaces.
Ce résultat ne signifie pas nécessairement que les entreprises ne font rien. Beaucoup investissent déjà, communiquent et mettent en place des solutions. Mais il peut exister un écart entre les dispositifs créés et ce que les collaborateurs vivent réellement au quotidien. C’est peut-être là qu’un pas supplémentaire peut être franchi : rendre les actions de prévention plus visibles, plus accessibles et surtout plus présentes dans la vie professionnelle ordinaire.
Mesurer puis agir
Le taux d’absentéisme en France a atteint 5,1 % en 2024, en hausse de 3 % par rapport à 2023, et son coût global est estimé à 108 milliards d’euros par an. Face à de tels chiffres, mesurer précisément le phénomène est évidemment nécessaire. Tableaux de bord, enquêtes internes et analyses permettent de comprendre où se situent les difficultés et d’orienter les actions.
Mais la mesure n’est que le début du chemin. Une DRH m’avait un jour résumé le problème avec une formule particulièrement juste : « On est devenus très bons pour mesurer l’absentéisme. Mais mesurer les absences, ça n’a jamais empêché quelqu’un de s’arrêter. » L’arrêt est souvent le résultat visible d’une situation qui s’est installée progressivement : fatigue, surcharge, difficultés personnelles ou professionnelles, perte de sens ou problèmes de santé. L’enjeu consiste donc aussi à regarder ce qui se passe avant.
Prévenir plus tôt
Un tiers des arrêts longs ont aujourd’hui une origine liée à la santé mentale. Derrière un arrêt, il peut y avoir des semaines ou des mois pendant lesquels une personne a progressivement perdu de l’énergie avant qu’une limite soit finalement atteinte. L’absentéisme n’est donc pas toujours le problème initial : il peut être le signal tardif d’une difficulté qui existait déjà.
La prévention devient alors essentielle.
Selon un sondage Harmonie Mutuelle-Odoxa de 2025, près d’un Français sur deux ne réalise aucun examen de prévention annuel et cette proportion atteint 52 % chez les actifs. Par ailleurs, 40 % de notre santé dépendrait de nos comportements et habitudes de vie. Ces données invitent à déplacer une partie de l’effort : sans attendre que la difficulté soit installée, il devient possible de créer davantage d’occasions d’agir en amont.
Rendre l’aide visible
Les solutions n’ont pas nécessairement besoin d’être spectaculaires. Une entreprise peut proposer un accompagnement social avec des assistantes sociales, créer un réseau d’écoute interne composé de personnes formées et clairement identifiées ou favoriser l’activité physique grâce à des partenariats et des activités sportives collectives. L’essentiel est que les collaborateurs sachent que ces solutions existent, comprennent à quoi elles servent et puissent facilement y accéder lorsqu’ils en ont besoin.
C’est pourquoi les 11 % de personnes ayant répondu « je ne sais pas » au sondage sont particulièrement intéressants. Certaines entreprises disposent probablement déjà de dispositifs que leurs propres salariés connaissent mal. C’est plutôt encourageant : cela signifie qu’il n’est pas toujours nécessaire de repartir de zéro. Parfois, le prochain progrès consiste simplement à mieux expliquer ce qui existe et à rapprocher ces dispositifs du quotidien des équipes.
Installer la prévention
La prévention devient réellement efficace lorsqu’elle cesse d’être uniquement un sujet de communication pour entrer dans les pratiques ordinaires. Elle peut apparaître dans une conversation avec un manager, dans une attention portée à une personne dont le comportement change ou dans la capacité à orienter rapidement un collaborateur vers le bon interlocuteur. Le manager n’a évidemment pas vocation à devenir médecin, psychologue ou assistant social : il a surtout besoin d’être formé, soutenu et de connaître les relais disponibles.
Les organisations n’ont pas non plus besoin d’être parfaites pour progresser. Elles peuvent écouter les collaborateurs, observer ce qui fonctionne, faire davantage connaître les dispositifs existants et les ajuster progressivement. C’est ainsi qu’une série d’initiatives devient peu à peu une véritable culture de prévention. Le meilleur indicateur n’est alors peut-être plus seulement le nombre d’absences constatées, mais aussi tout ce que l’entreprise parvient à mettre en place avant qu’un collaborateur ait besoin de s’arrêter.
Conclusion
L’absentéisme ne diminuera probablement pas uniquement parce que nous le mesurerons mieux. Mais mieux le mesurer reste précieux si ces données permettent ensuite de comprendre et d’agir.
Le changement de perspective consiste à ne plus regarder seulement le premier jour d’absence. Il faut aussi s’intéresser aux semaines qui l’ont précédé. Quels signaux auraient pu être repérés ? De quel soutien la personne aurait-elle pu bénéficier ? Connaissait-elle les dispositifs disponibles ? Son manager savait-il vers qui l’orienter ?
La bonne nouvelle, c’est que de nombreuses entreprises travaillent déjà sur ces questions. L’enjeu est désormais de rapprocher toujours davantage la prévention de la réalité quotidienne des collaborateurs.
Parce qu’une politique de prévention ne devient réellement utile que lorsqu’une personne sait qu’elle existe au moment précis où elle commence à en avoir besoin. Et c’est probablement là que se situe l’un des leviers les plus intéressants pour faire évoluer durablement l’absentéisme : ne pas attendre l’arrêt pour commencer à agir.
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