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Ce que votre manager ne sait pas sur vous

il y a 4 jours
6 min de lecture


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Nous échangeons régulièrement avec nos managers sur nos objectifs, nos projets et nos résultats. Mais leur disons-nous vraiment ce qui compte ? Un sondage réalisé auprès de plus de 2 200 répondants sur LinkedIn révèle les sujets que les salariés ont le plus de difficultés à aborder avec leur hiérarchie. Mal-être, salaire, désaccord, surcharge de travail : derrière ces silences se dessine une question essentielle pour les entreprises. Comment construire une relation de confiance lorsque certaines conversations semblent impossibles ?

Une semaine de travail ordinaire est remplie de conversations. On parle de dossiers, de délais, de résultats, de difficultés techniques ou de décisions à prendre. Les réunions se succèdent, les points individuels s'enchaînent et chacun a le sentiment de communiquer régulièrement. Pourtant, derrière ces échanges professionnels, il existe parfois un décalage considérable entre ce que les collaborateurs vivent et ce que leurs managers en savent réellement. Certaines informations restent soigneusement à l'écart des discussions, non parce qu'elles seraient sans importance, mais précisément parce qu'elles sont trop importantes pour être exprimées sans appréhension.


J'ai voulu explorer cette réalité en posant une question simple sur LinkedIn : « Qu'est-ce qui est le plus difficile à dire à son manager ? » Plus de 2 200 personnes ont répondu. Parmi les quatre propositions, 40 % ont choisi « Je ne vais pas bien », 36 % « Je veux être augmenté(e) », 12 % « Je ne suis pas d'accord » et 9 % « Je suis débordé(e) ». Ces résultats, issus d'un sondage volontaire sur LinkedIn, ne constituent pas une mesure représentative de l'ensemble des salariés. Ils mettent néanmoins en lumière des difficultés de communication qui méritent notre attention. Car chacune de ces phrases correspond à une information dont un manager pourrait avoir besoin pour comprendre ce qui se passe réellement dans son équipe.


Dire « je ne vais pas bien » reste particulièrement difficile

La réponse la plus fréquemment choisie, avec 40 %, est aussi celle qui m'interpelle le plus : « Je ne vais pas bien ». Dans beaucoup d'environnements professionnels, nous avons appris à montrer que nous maîtrisons la situation. Nous pouvons parler d'un dossier compliqué, d'une surcharge ponctuelle ou d'un objectif difficile à atteindre. Mais reconnaître que nous traversons personnellement une période de fragilité nous semble souvent beaucoup plus risqué. Nous craignons d'être perçus comme moins fiables, moins résistants ou moins capables d'assumer nos responsabilités. Alors nous continuons à travailler, à participer aux réunions et à répondre aux sollicitations, même lorsque notre équilibre personnel se dégrade.


Ce silence peut avoir des conséquences importantes. Un collaborateur peut traverser plusieurs semaines de difficultés sans que son entourage professionnel mesure réellement ce qu'il vit. Les premiers signes d'épuisement passent parfois inaperçus parce que la personne continue à remplir ses missions. Il serait cependant trop simple d'attribuer cette situation à un manque d'attention individuel des managers. La culture de l'entreprise joue un rôle déterminant. Lorsque montrer une difficulté est implicitement associé à une faiblesse, les collaborateurs apprennent à la dissimuler. Créer un climat de confiance ne signifie pas demander à chacun de raconter sa vie privée. Cela signifie permettre à une personne de dire qu'elle rencontre des difficultés sans craindre d'être immédiatement jugée ou pénalisée.


Parler de salaire : une conversation encore inconfortable

Avec 36 % des réponses, la demande d'augmentation arrive en deuxième position. Ce résultat rappelle à quel point la rémunération demeure un sujet délicat dans les relations professionnelles. Les salariés peuvent parler de leur engagement, de leurs résultats ou de leur contribution à l'entreprise sans jamais formuler clairement leurs attentes financières. Pourtant, la question du salaire fait partie intégrante de la relation de travail. Elle touche à la reconnaissance, au sentiment d'équité et à la manière dont chacun évalue la valeur de son activité. Lorsque ces attentes ne sont jamais exprimées, elles peuvent progressivement nourrir une frustration dont le manager ne comprend pas nécessairement l'origine.


Il existe parfois une forme de contradiction dans les organisations. On encourage les collaborateurs à prendre des initiatives, à exprimer leurs ambitions et à devenir acteurs de leur parcours professionnel, mais demander une augmentation peut encore être perçu comme une revendication déplacée. Certains salariés préfèrent donc attendre une reconnaissance spontanée, quitte à accumuler du ressentiment lorsqu'elle ne vient pas. D'autres finissent par chercher un nouvel emploi plutôt que d'aborder directement le sujet. Un manager n'a évidemment pas toujours la possibilité d'accorder une augmentation. En revanche, il peut rendre cette conversation normale, expliquer les critères de rémunération, reconnaître les contributions et apporter une réponse claire. Le silence sur l'argent ne fait pas disparaître les attentes : il les rend simplement moins visibles.


Désaccord et surcharge : deux silences plus subtils

Les deux dernières réponses du sondage peuvent sembler moins préoccupantes au premier regard. Seulement 12 % des répondants ont choisi « Je ne suis pas d'accord » et 9 % « Je suis débordé(e) ». Mais ces résultats doivent être interprétés avec prudence : les participants devaient sélectionner une seule réponse parmi quatre, celle qui leur semblait la plus difficile à exprimer. Cela ne signifie donc pas que les autres sujets ne leur posent aucun problème. Le désaccord, notamment, peut prendre des formes indirectes. On pose une question supplémentaire, on souligne un risque ou l'on demande davantage de temps, sans jamais formuler explicitement son opposition. Cette prudence peut être utile dans certaines situations, mais elle devient problématique lorsqu'elle empêche l'expression de points de vue divergents.


La surcharge de travail présente une autre particularité. Dans certaines cultures professionnelles, être débordé peut presque devenir un signe de reconnaissance. On est très sollicité parce qu'on est indispensable, parce qu'on nous fait confiance ou parce qu'on occupe une fonction importante. Dire que l'on a beaucoup de travail peut alors sembler acceptable. Ce qui devient plus difficile, c'est de demander concrètement que certaines tâches soient retirées, que les priorités soient revues ou que les délais soient ajustés. Il ne s'agit plus seulement de décrire une situation, mais de poser une limite. Or un manager qui n'entend jamais de désaccord ou de demande d'arbitrage risque de prendre des décisions avec une vision incomplète de la réalité de son équipe.


Comment créer les conditions d'une parole plus libre ?

La responsabilité de ces silences ne peut pas reposer uniquement sur les collaborateurs. Bien sûr, chacun peut apprendre à exprimer plus clairement ses besoins, ses attentes et ses difficultés. Mais il serait illusoire de demander aux salariés de parler franchement dans un environnement où la franchise est régulièrement sanctionnée. Un manager joue donc un rôle essentiel dans la création d'un climat de confiance. Cela commence par la manière dont il réagit lorsqu'une personne exprime un problème. Accueille-t-il la remarque avec curiosité ou se met-il immédiatement sur la défensive ? Cherche-t-il à comprendre ou à justifier ses décisions ? Une seule réaction négative peut parfois suffire à décourager durablement les échanges sincères.


La confiance se construit également dans les conversations ordinaires. Un manager peut reconnaître qu'il ne possède pas toutes les réponses, expliquer les raisons d'une décision impopulaire ou accepter qu'un collaborateur défende un point de vue différent du sien. Il peut consacrer du temps à des échanges individuels qui ne portent pas uniquement sur les résultats et poser des questions ouvertes sans exiger de confidences personnelles. Il peut surtout montrer que les informations difficiles à entendre ont une utilité réelle : elles permettent d'ajuster une charge de travail, de clarifier une attente ou de résoudre une tension avant qu'elle ne s'aggrave. Il ne suffit pas d'affirmer que sa porte est ouverte. Encore faut-il que les collaborateurs aient constaté, dans les faits, qu'ils peuvent la franchir sans risque disproportionné.


Conclusion

Ce sondage rappelle une réalité fondamentale : la qualité d'une relation managériale ne se mesure pas au nombre de réunions ou à la fréquence des échanges. Elle se mesure aussi à la possibilité de dire ce qui est difficile. Un manager peut connaître parfaitement les objectifs de ses collaborateurs et ignorer qu'ils traversent une période compliquée, qu'ils se sentent insuffisamment reconnus ou qu'ils ne partagent pas certaines décisions. Ces informations ne sont pas secondaires. Elles participent directement à la compréhension du fonctionnement d'une équipe et peuvent permettre d'éviter des situations de frustration, de désengagement ou d'épuisement.


Pour les collaborateurs, l'enjeu consiste à ne pas considérer automatiquement leurs difficultés, leurs attentes ou leurs désaccords comme des faiblesses. Pour les managers, il s'agit de comprendre que la parole ne se décrète pas : elle se rend possible, progressivement, par des attitudes cohérentes et des réactions respectueuses. Nous ne pouvons pas obliger quelqu'un à se confier, et personne ne devrait avoir à dévoiler des éléments personnels qu'il souhaite préserver. Mais nous pouvons construire des relations professionnelles dans lesquelles les conversations importantes deviennent moins difficiles. Peut-être est-ce là l'une des responsabilités les plus essentielles du management : permettre à chacun de dire ce qui compte avant que le silence ne devienne un problème.


Gaël Chatelain-Berry


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