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Mauvaise humeur au travail : comment éviter qu'elle contamine toute une équipe ?

il y a 6 jours
6 min de lecture


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Un manager qui traverse le couloir sans dire bonjour, un collègue qui répond sèchement, une réunion qui commence dans une atmosphère glaciale… Il suffit parfois d'une seule personne de mauvaise humeur pour changer l'ambiance de toute une équipe. Et lorsque cette personne, c'est nous, la situation n'est pas forcément plus simple. Faut-il cacher ce que l'on ressent, faire semblant d'aller bien ou exprimer franchement son irritation ? La mauvaise humeur au travail est un phénomène parfaitement humain, mais la manière dont nous la gérons peut avoir des conséquences importantes sur nos relations professionnelles.

Nous avons toutes et tous connu ces journées où la moindre contrariété semble prendre des proportions inhabituelles. Une mauvaise nuit, des préoccupations personnelles, une accumulation de frustrations ou simplement une fatigue persistante peuvent suffire à nous rendre plus irritables. La mauvaise humeur n'est pas nécessairement un défaut de caractère, encore moins une preuve de manque de professionnalisme. Elle constitue souvent un signal indiquant que quelque chose, dans notre état physique ou émotionnel, mérite notre attention. Le problème n'est donc pas de ressentir cette émotion, mais de ne pas comprendre ce qu'elle signifie ou de la laisser dicter notre comportement.


Dans le monde professionnel, cette distinction est essentielle. Nous ne pouvons pas exiger de nous-mêmes ni de nos collègues une humeur irréprochable du lundi au vendredi. En revanche, nous pouvons apprendre à reconnaître les moments où notre patience diminue et où nos réactions risquent de devenir disproportionnées. Une remarque qui nous aurait fait sourire la veille peut soudain nous agacer profondément. Un simple retard peut déclencher une irritation excessive. Prendre conscience de ce décalage permet déjà de ne pas confondre un problème réel avec une réaction amplifiée par notre état du moment.


Une humeur contagieuse

Imaginez un lundi matin dans un open space. Vous arrivez plutôt de bonne humeur, mais votre manager passe devant vous sans un regard, un collègue répond à peine à votre bonjour et la première réunion commence dans un silence pesant. Sans qu'aucun événement particulier ne se soit produit, votre énergie diminue progressivement. Ce phénomène est bien connu : nos émotions sont influencées par celles des personnes qui nous entourent. Les expressions du visage, le ton de la voix, les attitudes et les comportements contribuent à installer une atmosphère collective qui peut être rassurante ou, au contraire, pesante.


Cette influence est particulièrement importante lorsqu'elle vient d'une personne occupant une position hiérarchique. Un manager constamment irritable peut conduire ses collaborateurs à surveiller ses réactions avant de prendre la parole, à repousser certaines questions ou à éviter les échanges difficiles. L'équipe finit alors par adapter son fonctionnement à l'humeur d'une seule personne. Il faut cependant distinguer une mauvaise journée, que chacun peut traverser, d'un comportement régulièrement agressif ou imprévisible. Dans le premier cas, la compréhension est nécessaire. Dans le second, il ne s'agit plus simplement d'une question d'humeur, mais d'un problème managérial qui mérite d'être traité.


Ne pas tout prendre pour soi

Lorsque quelqu'un se montre brusque ou distant, notre premier réflexe consiste souvent à chercher ce que nous avons pu faire de travers. Avons-nous dit quelque chose de maladroit ? Notre travail est-il remis en question ? Cette personne nous en veut-elle ? Pourtant, l'humeur d'un collègue peut avoir de nombreuses causes qui ne nous concernent absolument pas. Il a peut-être mal dormi, rencontré une difficulté personnelle ou vécu une contrariété avant même d'arriver au bureau. En l'absence d'éléments précis, interpréter systématiquement son comportement comme une réaction à notre égard risque surtout d'alimenter une inquiétude inutile.


Une première solution consiste donc à prendre un peu de distance émotionnelle. Face à une personne manifestement contrariée, demandons-nous si nous disposons réellement d'une raison de penser que son attitude nous concerne. Si ce n'est pas le cas, nous pouvons éviter de nous approprier son irritation. Il n'est pas non plus indispensable de chercher immédiatement à lui remonter le moral. Certaines personnes ont simplement besoin de calme, de temps ou d'espace pour retrouver leur équilibre. Respecter ce besoin, sans insister pour obtenir un sourire ou une explication, peut être une manière particulièrement simple de faire preuve de bienveillance.


Dire les choses simplement

Lorsque nous sommes nous-mêmes de mauvaise humeur, deux comportements reviennent fréquemment. Le premier consiste à exprimer notre irritation sans véritable filtre, au risque de devenir brusques ou injustes envers notre entourage. Le second consiste à tout dissimuler derrière un sourire forcé, en dépensant beaucoup d'énergie pour donner l'impression que rien ne nous affecte. Aucune de ces deux stratégies n'est idéale. La première peut détériorer les relations professionnelles, tandis que la seconde peut accentuer la fatigue émotionnelle. Entre ces deux extrêmes, il existe pourtant une possibilité plus simple : reconnaître son état sans le faire subir aux autres.


Une phrase peut parfois suffire : « Je ne suis pas au mieux aujourd'hui, ce n'est pas lié à vous, mais je risque d'être un peu moins disponible que d'habitude. » Il n'est pas nécessaire de raconter sa vie personnelle ni de détailler les raisons de son humeur. L'essentiel est de prévenir les malentendus et de prendre la responsabilité de son comportement. Cette transparence permet aux collègues de ne pas interpréter un silence ou une réaction inhabituelle comme un reproche personnel. Elle nous évite également de jouer en permanence un rôle épuisant. Être professionnel ne signifie pas prétendre que tout va toujours bien, mais savoir communiquer avec respect même lorsque la journée est difficile.


Le rôle du manager

Pour un manager, la gestion de sa propre humeur revêt une importance particulière. Ses collaborateurs observent naturellement ses réactions, parfois avec beaucoup plus d'attention qu'il ne l'imagine. Ils remarquent les changements de ton, les regards fermés, les réponses inhabituellement courtes ou les silences prolongés. Lorsque ces variations deviennent fréquentes, certains salariés finissent par consacrer une énergie considérable à anticiper l'état émotionnel de leur responsable. Ils se demandent si le moment est bien choisi pour poser une question, signaler une difficulté ou proposer une idée. Cette vigilance permanente peut nuire à la sérénité et à la qualité des échanges.


Un manager n'a évidemment pas l'obligation d'être constamment souriant ou enthousiaste. Il doit cependant veiller à ce que son humeur ne devienne pas un facteur d'incertitude pour son équipe. Reconnaître une journée difficile, différer une discussion délicate lorsque cela est possible ou prendre quelques minutes avant de répondre à une contrariété sont des gestes simples qui peuvent changer beaucoup de choses. Il est également utile d'identifier ses propres déclencheurs : manque de sommeil, réunions particulièrement éprouvantes, surcharge ou tensions répétées. Plus nous comprenons ce qui influence notre humeur, plus nous pouvons anticiper nos réactions. Et pour un manager, cette capacité à se réguler constitue aussi une forme de respect envers ses collaborateurs.


Conclusion

La mauvaise humeur au travail est inévitable. Nous ne sommes pas des machines et nos émotions ne disparaissent pas lorsque nous franchissons la porte du bureau. Chercher à les supprimer serait aussi irréaliste que de demander à chacun d'être heureux en permanence. En revanche, nous pouvons apprendre à mieux les comprendre, à ne pas absorber systématiquement celles des autres et à éviter de transformer nos contrariétés personnelles en tensions collectives. Cela suppose un peu de recul, de communication et surtout la capacité à reconnaître qu'une émotion, même parfaitement légitime, ne justifie pas tous les comportements.


La prochaine fois qu'un collègue vous semblera particulièrement irritable, essayez de ne pas conclure immédiatement que vous en êtes responsable. Et lorsque vous traverserez vous-même une mauvaise journée, autorisez-vous à le reconnaître simplement, sans culpabilité et sans agressivité. Quant aux managers, ils ont tout intérêt à se rappeler que leur humeur influence bien davantage que leur propre journée. Une équipe qui peut travailler sans craindre les réactions de son responsable dispose déjà d'une condition essentielle pour être sereine et efficace. Parce qu'au fond, il ne s'agit pas d'être toujours de bonne humeur, mais de ne pas faire payer aux autres les jours où nous ne le sommes pas. Et surtout, avant toutes choses : prenez soin de vous.


Gaël Chatelain-Berry


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