La fatigue invisible de devoir toujours se gérer soi-même au travail
- Gaël Chatelain-Berry

- 24 déc. 2025
- 4 min de lecture

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Il existe des fatigues que nous identifions immédiatement.Celles qui viennent d’une surcharge de travail, d’un manque de sommeil, d’un stress visible et assumé. Elles sont reconnues, parfois même légitimées. Quand elles apparaissent, nous savons les nommer, les expliquer, les partager.
Et puis il existe une autre fatigue.
Plus discrète. Plus sourde. Souvent minimisée.Une fatigue que beaucoup de personnes ressentent sans toujours réussir à mettre des mots dessus : la fatigue de devoir se gérer soi-même en permanence.
Une fatigue qui passe sous le radar
Cette fatigue a une particularité troublante : elle ne se voit pas.Elle ne se manifeste pas par une baisse flagrante de performance ni par des signaux d’alerte évidents. Les personnes concernées continuent généralement à fonctionner “normalement”. Elles font leur travail. Elles respectent les attentes. Elles avancent.
C’est précisément ce fonctionnement continu qui rend cette fatigue si pernicieuse.
Il n’y a pas de rupture nette, pas de décrochage visible. Elle s’installe silencieusement, jour après jour, jusqu’au moment où le corps ou l’esprit commence à envoyer des messages plus clairs, souvent trop tardifs pour être pris au sérieux immédiatement.
Quand se contenir devient une norme professionnelle
Se gérer soi-même est progressivement devenu une norme implicite du monde du travail.Faire attention à ce que nous disons. À la façon dont nous le disons. À nos réactions, à nos émotions, à notre image. Rester calme, professionnel, mesuré, adapté en toutes circonstances.
Même lorsque quelque chose nous agace.Même lorsqu’une remarque nous touche ou nous blesse.Même lorsqu’une situation nous met en colère ou nous fatigue profondément.
Cette autosurveillance permanente a un coût. Et ce qui la rend particulièrement épuisante, c’est qu’elle est rarement consciente. Nous ne décidons pas chaque matin de nous contrôler davantage. Ce comportement est devenu automatique, intégré, socialement valorisé.
Être perçu comme mature, fiable ou professionnel signifie souvent ne rien laisser transparaître. Plus ce comportement devient automatique, plus il consomme de l’énergie sans que nous en ayons réellement conscience.
Une dépense d’énergie largement sous-estimée
Beaucoup de personnes pensent que ce qui les fatigue le plus, ce sont les autres : un collègue difficile, un contexte tendu, une organisation dysfonctionnelle.Mais bien souvent, ce qui épuise le plus n’est pas ce qui se passe autour de nous. C’est l’énergie que nous déployons pour ne pas réagir comme nous en aurions envie, au fond de nous.
Nous prenons sur nous.Nous relativisons.Nous rationalisons.Nous nous expliquons intérieurement que ce n’est “pas si grave”.
Et nous continuons.
Cette énergie dépensée à contenir nos réactions n’apparaît nulle part. Elle ne figure pas dans les agendas. Elle n’est pas reconnue. Elle n’est jamais comptabilisée. Pourtant, elle s’accumule, jour après jour, jusqu’à créer une tension intérieure difficile à formuler mais profondément pesante.
Se gérer soi-même est un travail invisible
Il est important de le dire clairement : se gérer soi-même n’est pas neutre.C’est un véritable travail émotionnel invisible.
Il faut doser ses mots, anticiper les réactions, éviter les conflits, ne pas trop en faire, mais ne pas en faire trop peu non plus. Quand cette gymnastique devient permanente, elle finit par user, lentement mais sûrement.
Ce qui rend cette fatigue encore plus complexe, c’est qu’elle est souvent considérée comme normale. “C’est comme ça.” “Tout le monde fait pareil.”Oui, tout le monde fait pareil. Et c’est précisément pour cela que beaucoup de personnes sont fatiguées sans toujours comprendre pourquoi.
Une charge rarement reconnue et rarement régulée
Parce que ce travail invisible n’est pas nommé, il n’est presque jamais régulé.Personne ne se demande s’il est soutenable dans la durée.Personne ne s’interroge sur sa répartition.
Certaines personnes portent beaucoup plus de charge émotionnelle que d’autres, simplement parce qu’elles sont plus attentives, plus consciencieuses, plus sensibles aux autres. Cette répartition silencieuse crée, avec le temps, un sentiment d’injustice intérieure difficile à expliquer mais profondément épuisant.
À force de s’adapter, quelque chose s’érode. À force de se contenir, nous nous éloignons parfois de ce que nous ressentons réellement. Nous devenons experts dans l’art de faire bonne figure, et très maladroits lorsqu’il s’agit de nous écouter.
Une érosion lente, mais réelle
Cette fatigue n’est pas un burn-out.Ce n’est pas une crise brutale.C’est une érosion progressive.
Moins d’élan.Moins de patience.Moins de joie.
Elle est particulièrement déroutante parce qu’elle ne donne pas l’impression d’aller mal. Et c’est souvent cette nuance qui empêche d’agir. Nous attendons un signal fort qui, bien souvent, ne viendra pas.
Reconnaître cette fatigue ne revient pas à se plaindre. C’est faire preuve de lucidité. Ce n’est pas dire “je n’en peux plus”, mais reconnaître que se gérer en permanence a un coût.
Accepter cette fatigue pour commencer à la soulager
Parfois, la première chose à faire n’est pas de changer de travail, de manager ou d’environnement.C’est simplement d’accepter que nous avons le droit d’être fatigué.
Fatigué de se retenir.Fatigué de ne pas toujours être parfait.Fatigué de devoir répondre à toutes les attentes, y compris les nôtres.
Mettre des mots sur cette fatigue permet déjà d’en réduire le poids. Non pas en changeant tout, mais en cessant de nier ce que nous ressentons. Reconnaître cette usure progressive est souvent le premier pas pour ralentir le processus et récupérer un peu d’énergie.
Conclusion
Si vous vous sentez fatigué sans raison évidente, il est possible que vous soyez simplement fatigué de vous gérer sans arrêt. Reconnaître cela n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un acte de lucidité.
Comme le disait Carl Rogers, psychologue américain et fondateur de l’approche centrée sur la personne :« Ce qui est le plus personnel est souvent le plus universel. »
Cette phrase rappelle que ce que nous vivons intérieurement, même lorsque cela nous semble intime ou isolé, est souvent partagé par beaucoup d’autres. Reconnaître sa fatigue intérieure, ce n’est pas s’enfermer en soi. C’est se reconnecter à quelque chose de profondément humain.
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