top of page

Ce que les managers portent sans jamais le dire


Quand progresser rend ses progrès invisibles
Quand progresser rend ses progrès invisibles


🔥🔥 Pour écouter la version audio ou voir la vidéo de cet article =>>>>>>>>> lnk.to/57tF3e


Être manager, ce n’est pas seulement décider et organiser. C’est aussi porter, souvent en silence, des tensions, des contradictions et une charge émotionnelle durable. Entre les attentes de la direction et les réalités du terrain, beaucoup de managers assument un rôle invisible, exigeant, rarement nommé. Cet article explore cette charge managériale méconnue, la solitude spécifique qui l’accompagne, et les conditions nécessaires pour rendre le management plus humain et plus durable.

Être manager ne se résume pas à organiser le travail, fixer des priorités ou arbitrer des décisions. Cette fonction implique aussi de porter une charge continue, souvent invisible, faite d’attentes contradictoires, de tensions latentes et de responsabilités émotionnelles. Une charge qui ne se manifeste pas toujours par du stress aigu ou des signaux spectaculaires, mais qui s’installe dans la durée, silencieusement.


Nous parlons fréquemment de la pression vécue par les équipes, et cette attention est nécessaire. En revanche, le vécu de celles et ceux qui se situent entre la direction et le terrain reste largement sous-exploré. Le manager occupe pourtant une position charnière, exposée, qui concentre des contraintes venues de plusieurs directions à la fois. C’est cette réalité, rarement formulée mais largement partagée, que cet article propose d’examiner.


Le rôle invisible de traduction

Dans son quotidien, le manager agit en permanence comme un traducteur. Il transforme une stratégie globale en actions concrètes, des objectifs généraux en priorités opérationnelles, et des décisions prises ailleurs en messages compréhensibles et acceptables pour son équipe. Cette activité n’est ni ponctuelle ni secondaire. Elle constitue une part centrale et continue de la fonction managériale.


La difficulté réside dans le fait que certaines décisions arrivent déjà chargées de contraintes, d’ambiguïtés ou de tensions. Elles peuvent être difficiles à expliquer, parfois même à défendre. Pourtant, par loyauté envers l’organisation, le manager doit les rendre cohérentes, audibles et applicables. Il reformule, ajuste, anticipe les réactions, choisit ses mots avec soin. Il lui arrive de le faire alors même qu’il n’est pas totalement convaincu du bien-fondé de ce qui lui est demandé.

C’est à cet endroit précis qu’apparaît une première charge silencieuse. Celle qui naît de la tension entre transparence et protection. Expliquer sans inquiéter inutilement. Dire sans fragiliser. Maintenir une cohérence collective tout en cherchant soi-même des repères.


La charge émotionnelle du management

La traduction ne concerne pas uniquement les décisions ou les orientations stratégiques. Elle porte aussi sur les émotions. Le manager devient très souvent un point de dépôt émotionnel pour son équipe. Lorsque tout va bien, cette circulation est fluide et porteuse. Lorsqu’une pression s’installe, il en perçoit rapidement les signes, parfois avant même qu’ils ne soient explicités.

Les silences, les tensions diffuses, les soupirs, les non-dits font partie de ce quotidien. Les collaborateurs viennent alors parler, se confier, exprimer leurs difficultés ou leur lassitude. Cette parole est saine pour le collectif. Une équipe qui peut dire ce qu’elle vit est une équipe qui respire. Mais cette respiration collective repose largement sur la capacité du manager à accueillir, contenir et réguler ces émotions.


Ce travail émotionnel s’exerce sans toujours disposer d’un espace équivalent pour soi. Le manager écoute, rassure, stabilise, tout en étant attendu sur sa capacité à rester solide et mobilisateur. Progressivement, une question s’impose, rarement formulée explicitement : qui prend soin du manager lorsque celui-ci absorbe, jour après jour, la charge émotionnelle des autres ?


Une solitude spécifique, rarement nommée

Lorsque l’on absorbe beaucoup, longtemps, sans possibilité réelle de déposer ce que l’on porte, une forme de solitude s’installe. Elle ne prend pas la forme d’un isolement relationnel. Le manager échange, interagit, communique en permanence. Cette solitude est d’une autre nature. Elle concerne la parole.


Un manager ne peut pas tout dire à son équipe sans risquer de transférer une charge qui ne lui appartient pas. Il ne peut pas toujours tout dire à sa hiérarchie non plus, par crainte d’être perçu comme fragile ou défaillant. Entre pairs, chacun étant déjà fortement sollicité, la parole se fait souvent prudente, mesurée, voire absente.


Peu à peu, les doutes, les dilemmes, la fatigue décisionnelle restent contenus. La question de savoir si l’on fait réellement bien son travail devient récurrente. Avec le temps, certains managers développent des mécanismes de protection. Une prise de distance s’installe. Non par désengagement ou manque d’humanité, mais comme une réponse adaptative à une charge devenue trop lourde.


Un pouvoir plus contraint qu’il n’y paraît

Le rôle de manager est souvent associé à une idée de pouvoir. Dans les faits, ce pouvoir est plus limité que ce que l’on imagine. De nombreuses décisions s’imposent sans réelle marge de manœuvre. Les règles évoluent, les budgets se resserrent, les priorités changent. Le manager devient alors celui qui annonce, explique et justifie, parfois sans disposer de toutes les réponses.


Il lui revient de tenir un cadre qu’il n’a pas entièrement choisi, de maintenir une dynamique collective alors que lui-même peut douter, et de protéger son équipe sans pouvoir agir sur tous les leviers. Cette situation génère une culpabilité discrète mais persistante, celle de se sentir responsable de réalités qui échappent en partie à son contrôle.


Ce qui permet de durer

La question n’est pas de savoir comment faire pour que les managers ne portent plus rien. Porter fait partie intégrante de la fonction. Le management n’a jamais été un rôle simple, et il ne le sera probablement jamais. En revanche, ce qui fait une différence décisive, c’est la possibilité de déposer.


Un manager soutenu gagne en solidité. Un manager écouté gagne en justesse. Un manager autorisé à exprimer un besoin d’aide gagne en durabilité. Cela suppose des espaces dédiés, des cadres sécurisants et une culture organisationnelle dans laquelle le doute n’est pas assimilé à une faiblesse.


Les communautés de managers, formelles ou informelles, jouent ici un rôle essentiel. Elles permettent de partager des expériences, de mettre des mots sur des vécus communs et de rompre l’isolement de la fonction. Cette solidarité n’est pas un confort. Elle constitue un véritable levier de prévention et de performance durable.


Conclusion

Le conférencier et auteur américain Simon Sinek, spécialiste des questions de leadership contemporain, résumait cette réalité en rappelant que les leaders ne sont pas responsables des résultats, mais des personnes qui sont responsables des résultats. Cette perspective éclaire avec justesse la charge portée par les managers.


Si l’on attend d’eux qu’ils prennent soin des autres, il devient indispensable de penser les conditions dans lesquelles eux-mêmes peuvent être soutenus. À défaut, le risque est de construire des organisations où chacun porte sans jamais être porté.

Les managers traduisent, absorbent, arbitrent, expliquent et protègent. Ils le font le plus souvent sans bruit, sans mise en scène, et sans reconnaissance explicite. Si l’objectif est de développer un management plus humain et plus durable, il est nécessaire de rappeler une évidence trop souvent oubliée. Les managers ne sont ni des figures héroïques ni des ressources inépuisables. Ce sont des personnes.



Pour aller plus loin :




Continuez l’expérience Happy Work

Pour ne rien manquer de mes contenus et ressources sur le bien-être au travail :


Avec Bob sur scène

L'AUTEUR
portrait g chatelain 1.jpg
Mes derniers livres
Capture d’écran 2023-04-03 à 13.20.29.png
009954074.jpeg
Capture d’écran 2021-02-09 à 08.50.14.
couv-BE (1).jpg
Le dernier épisode du podcast Happy Work
bottom of page