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Le vrai problème n’est pas le collègue toxique

  • il y a 8 heures
  • 4 min de lecture


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Lorsqu’un collègue toxique est toléré, le problème ne vient plus seulement de son comportement. Il vient aussi du silence qui l’entoure. À force d’éviter les confrontations, certains managers laissent s’installer un climat qui épuise les équipes, détruit la confiance et pousse parfois les meilleurs talents vers la sortie.

Il existe une scène qui se répète dans beaucoup d’entreprises. Un salarié adore son travail, apprécie ses missions, s’entend bien avec ses collègues et se projette dans son avenir professionnel. Mais il y a cette personne. Toujours une remarque désagréable. Toujours une petite humiliation déguisée en humour. Toujours une façon de rabaisser sans jamais en avoir l’air.

Un jour, le salarié finit par en parler à son manager. Et la réponse tombe : « Oui, je sais, mais tu sais comment il est… c’est sa personnalité. »


À cet instant précis, quelque chose change. Pas forcément dans l’organisation. Pas forcément dans l’équipe. Mais dans la tête de la personne qui a osé parler. Elle comprend que son problème est connu. Et surtout qu’il ne sera probablement pas traité.


Le plus surprenant, c’est que dans cette histoire, le vrai problème n’est pas toujours le collègue toxique. Le vrai problème, c’est souvent le silence managérial.


L’usure invisible

Les comportements toxiques ne provoquent pas toujours des conflits spectaculaires. Ils fonctionnent souvent autrement. Ils créent une usure progressive. Une fatigue émotionnelle qui s’installe lentement. Les collaborateurs parlent un peu moins. Ils proposent moins d’idées. Ils prennent moins d’initiatives. Ils deviennent plus prudents.


Comme rien n’explose, beaucoup de managers pensent que la situation reste sous contrôle. Les réunions continuent. Les projets avancent. Les résultats sont encore là. Vu de loin, tout semble fonctionner normalement.

Pourtant, ce calme apparent masque souvent une réalité beaucoup plus préoccupante. Les salariés commencent à se protéger psychologiquement. Ils évitent certaines conversations. Ils gardent leurs opinions pour eux. Ils cessent progressivement de croire que leur parole peut changer quelque chose. Le silence qui s’installe n’est pas un signe d’apaisement. C’est souvent un signe de résignation.


Le piège de l’évitement

On imagine souvent qu’un manager est naturellement à l’aise avec les confrontations. Qu’il sait recadrer facilement. Qu’il n’hésite pas à traiter les sujets difficiles. La réalité est beaucoup plus nuancée.

Beaucoup de managers détestent les conflits. Comme tout le monde. Recadrer une personne agressive, manipulatrice ou imprévisible est émotionnellement coûteux. Cela demande du courage, de l’énergie et parfois l’acceptation d’un affrontement désagréable.


Alors certains repoussent le moment. Ils attendent. Ils espèrent que la situation va se résoudre seule. Ils se répètent que ce n’est pas si grave. Que l’équipe finira par s’adapter. Que cette personne a simplement un caractère compliqué. Le problème, c’est que chaque jour d’inaction envoie un signal aux autres. Un signal qui dit implicitement que ce comportement est toléré.


Le coût collectif

La situation devient encore plus délicate lorsque la personne toxique est performante. C’est souvent là que les pires décisions apparaissent. Parce qu’un salarié qui produit beaucoup, qui atteint ses objectifs ou qui impressionne la hiérarchie bénéficie parfois d’une forme d’immunité.


Le raisonnement semble logique. Pourquoi prendre le risque de perdre un élément performant ? Pourquoi créer des tensions alors que les résultats sont là ? Pourtant, cette vision oublie un élément essentiel : les dégâts invisibles.

Une personne toxique coûte énormément à une équipe. Pas forcément en chiffre d’affaires ou en productivité immédiate. Mais en confiance, en énergie mentale, en motivation et en engagement. Les salariés les plus respectueux, les plus empathiques et les plus investis sont souvent les premiers à décrocher intérieurement. Puis parfois à partir.


La sécurité psychologique

Les personnalités toxiques sont rarement toxiques avec tout le monde. C’est ce qui rend leur comportement difficile à identifier. Elles savent souvent adapter leur attitude selon leur interlocuteur. Charmantes avec certains. Irritantes avec d’autres. Irréprochables devant les décideurs. Blessantes dans les interactions du quotidien.


Cette ambiguïté crée une situation particulièrement destructrice. Les victimes commencent à douter de leur propre perception. Elles se demandent si elles exagèrent. Si elles sont trop sensibles. Si le problème vient réellement d’elles.

Lorsqu’une organisation laisse s’installer ce doute, elle fragilise l’ensemble de son climat psychologique. Car la sécurité psychologique ne consiste pas seulement à pouvoir parler librement. Elle consiste aussi à savoir que ce que l’on ressent sera entendu et pris au sérieux.


Le rôle du manager

Pendant longtemps, le rôle du manager a été résumé à une mission simple : obtenir des résultats. Aujourd’hui, cette définition n’est plus suffisante. Les résultats comptent toujours, évidemment. Mais ils ne peuvent plus être obtenus au détriment de la santé psychologique des équipes.


Le manager moderne a aussi la responsabilité de protéger l’espace relationnel dans lequel son équipe évolue. Cela ne signifie pas créer un environnement parfait. Cela ne signifie pas éliminer tous les désaccords. Cela signifie simplement qu’aucun salarié ne devrait avoir peur d’aller travailler.

Une équipe qui se sent en sécurité ose davantage. Elle partage ses idées. Elle signale les problèmes plus tôt. Elle coopère plus facilement. À l’inverse, une équipe qui se protège en permanence finit toujours par se refermer.


Conclusion

Lorsqu’un manager ne réagit pas face à un comportement toxique, son silence n’est jamais neutre. Même s’il ne le souhaite pas, il envoie un message très clair à son équipe. Un message qui dit que certaines souffrances peuvent être tolérées si elles ne perturbent pas suffisamment le fonctionnement apparent de l’organisation.


Le paradoxe est là. Les comportements toxiques créent des dégâts. Mais l’inaction qui les accompagne crée souvent des blessures encore plus profondes. Parce qu’elle détruit la confiance. Parce qu’elle nourrit le sentiment d’abandon. Parce qu’elle fait croire aux salariés que leur bien-être passe après le reste.


Et lorsqu’une équipe cesse de croire qu’elle sera entendue, ce n’est pas seulement la parole qui disparaît. C’est une partie de son énergie, de sa créativité et de son engagement qui s’éteint progressivement.



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