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Et si le meilleur manager était celui dont vous n'avez plus besoin ?

il y a 3 jours
4 min de lecture


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J'ai posé une question à plus de 2 300 personnes sur LinkedIn : quel type de manager préférez-vous avoir ? Celui qui vous écoute, qui vous défend, qui vous fait confiance ou qui vous fait progresser ? Les deux réponses qui arrivent en tête sont "vous fait progresser" à 43% et "vous fait confiance" à 41%. Deux chiffres presque identiques qui, mis ensemble, pointent vers une idée que peu de managers osent vraiment assumer : leur mission ultime est peut-être de se rendre inutiles.

Ce résultat mérite qu'on s'y attarde. Parce que 43% et 41%, ce n'est pas un hasard de sondage. C'est la description très précise de ce que les collaborateurs attendent profondément d'un bon manager. Pas quelqu'un qui les surveille. Pas quelqu'un qui décide à leur place. Quelqu'un qui les aide à grandir et qui leur fait suffisamment confiance pour les laisser voler de leurs propres ailes.


Et quand on additionne ces deux attentes, on obtient quelque chose de très clair. Le manager idéal n'est pas celui qui est indispensable. C'est celui qui construit, jour après jour, les conditions de sa propre dispensabilité.


Ce que "faire progresser" veut vraiment dire

43% des répondants placent le développement en tête de leurs attentes managériales. Ce chiffre est révélateur d'une réalité que beaucoup d'organisations ignorent encore. Les collaborateurs ne cherchent pas seulement un environnement confortable. Ils cherchent un environnement dans lequel ils deviennent meilleurs.


Faire progresser son équipe ne se résume pas à envoyer des gens en formation une fois par an. C'est confier des missions qui challengent. C'est laisser essayer, parfois échouer, toujours apprendre. C'est donner un feedback honnête plutôt qu'un feedback confortable. Un manager qui fait vraiment progresser ses collaborateurs accepte une idée difficile : à terme, certains d'entre eux n'auront plus besoin de lui. Et c'est exactement ce qu'il faut viser.


Ce que "faire confiance" veut vraiment dire

41% choisissent la confiance. Un score qui arrive juste derrière la progression, et qui lui est intimement lié. Parce qu'on ne peut pas faire progresser quelqu'un sans lui faire confiance. Et on ne peut pas lui faire confiance sans accepter de lâcher prise sur le contrôle.


La confiance managériale est souvent mal comprise. Elle ne signifie pas l'absence de suivi. Elle signifie que le suivi n'est pas motivé par la méfiance. Elle signifie qu'on donne à quelqu'un la latitude de trouver ses propres solutions avant de lui imposer les siennes. Un manager qui fait confiance dit implicitement à son collaborateur : je crois en ta capacité à gérer ça. C'est l'un des messages les plus puissants qu'un responsable puisse envoyer à son équipe.


Ce que les 16% restants révèlent

Les scores de l'écoute et de la défense sont faibles. Très faibles. Et cette faiblesse est en elle-même un message. Non pas que ces qualités soient sans importance. Mais elles semblent être perçues comme des prérequis plutôt que comme des aspirations. On n'attend plus d'être écouté et défendu parce qu'on ne l'espère plus vraiment.

Ce que ce sondage dit en creux est presque aussi important que ce qu'il dit explicitement. Les collaborateurs ont réduit leurs attentes. Ils ne demandent plus un manager qui se batte pour eux. Ils demandent un manager qui leur donne les outils pour se battre eux-mêmes. C'est une forme de maturité. C'est aussi, quelque part, une forme de résignation tranquille.


Le paradoxe du manager qui réussit

Il existe un paradoxe au coeur du bon management que peu d'organisations ont vraiment intégré. Plus un manager est efficace, moins son équipe a besoin de lui pour fonctionner. Plus il fait confiance et fait progresser, plus il construit autour de lui des collaborateurs autonomes, capables de décider, d'agir et de résoudre sans avoir besoin de validation constante.

Ce paradoxe est inconfortable pour beaucoup de managers. Parce qu'il remet en question une idée très répandue : celle que l'utilité d'un responsable se mesure au nombre de décisions qu'il prend et au nombre de problèmes qu'il résout. Or, un manager dont l'équipe ne peut rien faire sans lui n'a pas réussi son travail. Il a simplement créé une dépendance.


Conclusion

Les 2 300 personnes qui ont répondu à ce sondage n'ont pas choisi le manager le plus rassurant. Elles ont choisi le manager le plus exigeant, dans le bon sens du terme. Celui qui pousse, qui libère, qui croit en ses collaborateurs au point de les rendre capables de se passer de lui.


C'est peut-être la définition la plus honnête du bon management. Non pas quelqu'un qui se rend indispensable. Quelqu'un qui rend les autres capables. Et si vous managez une équipe aujourd'hui, la question vaut la peine d'être posée sérieusement : est-ce que les personnes qui travaillent avec vous sont plus autonomes, plus compétentes et plus confiantes qu'au premier jour ? Si la réponse est oui, vous faites probablement partie des managers dont tout le monde rêve. Et dont, un jour, personne n'aura plus besoin. C'est la plus belle réussite qui soit.




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