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Le conflit qu'on évite coûte toujours plus cher que celui qu'on affronte

  • il y a 1 jour
  • 4 min de lecture


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Dans une équipe, ce ne sont pas toujours les crises visibles qui font le plus de dégâts. Un sondage réalisé auprès de 3 200 professionnels le confirme : le comportement le plus destructeur, c'est le conflit qu'on ne règle jamais. Pas parce qu'il explose — mais parce qu'il ronge. Silencieusement. Durablement. Et parce que trop de managers préfèrent encore regarder ailleurs.

J'ai posé une question sur LinkedIn la semaine dernière.

Simple. Directe. Un peu provocatrice, peut-être.

"Quel comportement détruit le plus une équipe… sans faire de bruit ?"

Plus de 3 000 personnes ont répondu.


Et le résultat m'a frappé. Pas parce qu'il était surprenant. Mais parce qu'il était tellement… honnête.

42 % des répondants ont choisi : les conflits jamais réglés.


Pas les critiques permanentes. Pas les promesses non tenues. Pas même l'absence de reconnaissance - qui arrive pourtant en deuxième position avec 24 %. Non. Ce qui détruit le plus une équipe, selon plus de 3 000 professionnels, c'est le conflit qu'on laisse traîner. Celui dont tout le monde sait qu'il existe. Et dont personne ne parle.

Ça m'a donné envie d'aller plus loin.


Le silence n'est pas la paix

Il y a une croyance très répandue dans le monde du travail. Une croyance confortable, rassurante, et totalement fausse.

Elle dit : si on n'en parle pas, ça finira par passer.

Non. Ça ne passe pas. Ça fermente.


J'ai vu des équipes entières se fracturer à cause d'un désaccord vieux de six mois que personne n'avait eu le courage de mettre sur la table. J'ai vu des collaborateurs démissionner - pas à cause d'un salaire insuffisant, pas à cause d'un manque de perspective - mais parce qu'ils ne supportaient plus de travailler dans une atmosphère où tout le monde marchait sur des œufs.


Le conflit non réglé, c'est ça. C'est une tension permanente que tout le monde ressent, que personne ne nomme, et qui épuise les équipes bien plus sûrement qu'une crise ouverte.

Une crise ouverte, on peut la traiter. Un malaise diffus, on subit.


Pourquoi les managers fuient les conflits

Soyons honnêtes.


La plupart des managers ne fuient pas les conflits parce qu'ils s'en foutent. Ils les fuient parce qu'ils ont peur.

Peur de mal gérer la situation. Peur de prendre parti. Peur que ça empire. Peur de passer pour quelqu'un d'autoritaire, ou au contraire pour quelqu'un de faible. Peur, tout simplement, de l'inconfort que génère un face-à-face tendu.

C'est humain. Je ne vais pas vous dire le contraire.


Mais voilà ce que j'ai appris au fil des années : éviter un conflit, c'est toujours choisir une souffrance différée plutôt qu'un inconfort immédiat. Et la souffrance différée, elle, ne vient jamais seule. Elle grossit. Elle contamine. Elle finit par coûter infiniment plus cher - en énergie, en cohésion, en productivité, parfois en départs - que les dix minutes de conversation difficile qu'on a refusé d'avoir.


J'ai eu un manager, il y a des années, qui avait cette phrase : "Les problèmes, c'est comme les dettes. Ça ne disparaît pas. Ça s'accumule."

Il avait raison.


Ce que le conflit non réglé fait vraiment à une équipe

Concrètement, voilà ce qui se passe.

Deux collaborateurs ont un désaccord. Ça commence petit - une décision mal comprise, une remarque qui a mal passé, un projet où chacun avait une vision différente. Le manager voit la tension. Il se dit que ça va s'arranger.

Ça ne s'arrange pas.


Les deux personnes commencent à s'éviter. Les échanges deviennent minimalistes. Les réunions deviennent inconfortables. Et progressivement, sans que personne ne l'ait décidé, l'équipe se fragmente. Il y a le camp de l'un, le camp de l'autre. Ou pire : le camp de ceux qui en ont assez de subir l'atmosphère et qui commencent à chercher ailleurs.

Tout ça à cause d'un désaccord qu'on aurait pu régler en une réunion bien menée.


Le conflit non réglé ne détruit pas une équipe d'un coup. Il l'use. Lentement. Silencieusement. C'est exactement pour ça que 42 % des personnes interrogées l'ont identifié comme le comportement le plus destructeur. Parce que ses effets sont invisibles - jusqu'au jour où ils ne le sont plus du tout.


Alors, on fait quoi ?

Trois choses. Simples. Pas faciles - simples.


Première chose : nommez le conflit.

Pas besoin d'un grand discours. Pas besoin d'une réunion de crise. Juste : "J'ai l'impression qu'il y a une tension entre vous deux. Je me trompe ?" C'est souvent suffisant pour débloquer quelque chose. Les conflits non nommés ont une puissance que les conflits nommés n'ont plus. Dès qu'on met des mots dessus, la pression baisse.


Deuxième chose : réunissez les personnes concernées. Seulement elles.

Un conflit entre deux personnes ne se règle pas devant témoin. Pas en réunion d'équipe. Pas par mail — surtout pas par mail. Dans un espace neutre, sans public, où chacun peut s'exprimer sans avoir à gérer son image en même temps que ses émotions. Votre rôle en tant que manager : arbitrer, pas juger. Trouver une sortie, pas un coupable.


Troisième chose : ne laissez pas traîner.

C'est la règle la plus importante. Et la plus simple à comprendre. Plus vous attendez, plus le conflit s'enracine, plus les positions se rigidifient, plus la résolution devient complexe. Un conflit réglé en 48 heures prend 20 minutes. Le même conflit laissé deux mois peut prendre des semaines - et laisser des séquelles durables.

Crever l'abcès, ça fait mal sur le moment. Laisser l'abcès, ça empoisonne tout.

Je terminerai avec ça.


CONCLUSION

Le vrai courage managérial, ce n'est pas de prendre des décisions stratégiques difficiles. Ce n'est pas de gérer une crise publique. C'est d'aller frapper à la porte d'un collaborateur et de lui dire : "Je pense qu'on a besoin de parler."

C'est inconfortable. C'est nécessaire. Et dans 90 % des cas, les deux parties ressortent soulagées.

Le conflit qu'on évite ne disparaît pas.

Il attend, simplement. Et pendant qu'il attend, il travaille.




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