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Le plaisir au travail n’est pas un luxe



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Chaque lundi, dans la série feelgood du lundi, réalisée en partenariat avec Great Place To Work, nous prenons un temps pour questionner notre rapport au travail et à ce qui nous fait tenir dans la durée. Aujourd’hui, il est question d’un mot souvent regardé avec méfiance dans les organisations : le plaisir. Et si le plaisir au travail n’était ni un luxe ni un caprice, mais une condition humaine essentielle pour s’engager sans s’abîmer ?

Certaines phrases, parfois entendues au détour d’une réunion ou d’un échange informel, en disent long sur notre rapport au travail. L’une d’elles revient régulièrement lorsque nous parlons de plaisir au travail : « oui, mais le travail, ce n’est pas fait pour être agréable ». Comme si le plaisir était secondaire. Comme s’il était réservé à une minorité. Comme si, au fond, travailler devait forcément être difficile pour être sérieux.


Cette idée est profondément ancrée. Et pourtant, elle mérite d’être questionnée.


Quand le plaisir disparaît, le travail se vide de son sens

Un luxe, par définition, est optionnel. Un bonus. Quelque chose que nous pourrions supprimer sans conséquences majeures. Or, quand le plaisir disparaît durablement du travail, les effets sont immédiats et visibles. Le désengagement s’installe. La fatigue émotionnelle augmente. La motivation se transforme peu à peu en mécanique. Le travail devient alors un endroit où nous venons tenir, pas contribuer.


Ce constat n’a rien de moral. Il est profondément humain. Nous ne fonctionnons pas durablement dans un environnement qui ne nous apporte jamais, même rarement, une forme de satisfaction. Sans plaisir, le travail finit par peser, même lorsque tout semble « fonctionner » en surface.


Le plaisir au travail n’est pas une joie permanente

Parler de plaisir au travail ne signifie pas parler de bonheur constant, d’enthousiasme tous les matins ou d’énergie infinie. Le plaisir, dans la réalité du quotidien professionnel, est souvent discret. Il prend la forme d’une sensation de cohérence. Celle de se dire que ce que nous faisons sert à quelque chose. Que nous sommes utiles. Reconnus. Respectés.

C’est aussi le fait de comprendre ce qui est attendu de nous. De pouvoir travailler sans peur. De pouvoir parler sans risque. De pouvoir se tromper sans être humilié. Ce plaisir-là est sobre, stable, silencieux. Mais lorsqu’il est absent, tout devient plus lourd.


Pourquoi croyons-nous encore que le travail doit être dur ?

Cette croyance ne vient pas de nulle part. Le mot « travail » lui-même trouve son origine dans le latin tripalium, un instrument de torture utilisé dans l’Antiquité. Autant dire que, symboliquement, le départ était compliqué.


Au fil des siècles, une idée culturelle s’est installée : le travail serait une peine. Il devrait coûter. Faire mal. Être une preuve de sérieux, de mérite, de valeur. Cette représentation a contaminé de nombreuses organisations. Et, peu à peu, beaucoup d’entre nous ont fini par l’intégrer. Comme si prendre du plaisir au travail devenait suspect. Comme si le plaisir signifiait que nous ne travaillions pas vraiment.

C’est précisément là que nous perdons quelque chose d’essentiel : la possibilité de bien faire sans nous abîmer.


Le plaisir comme carburant de la performance durable

Le mot performance peut parfois faire réagir. Pourtant, l’observation est simple et largement partagée. Lorsque nous retrouvons un minimum de plaisir dans notre travail, nous tenons mieux dans la durée. Nous apprenons mieux. Nous coopérons davantage. Nous faisons preuve de plus de patience, de créativité et d’attention.


Le plaisir ne remplace ni les compétences, ni l’organisation, ni les moyens. Mais il rend tout cela possible dans le temps. À l’inverse, une organisation qui considère le plaisir comme un caprice finit toujours par en payer le prix. Turn-over, tensions, cynisme, absentéisme, perte de qualité et perte de sens ne sont pas des slogans. Ce sont des réalités bien documentées.


Les faux remèdes du plaisir au travail

Beaucoup d’entreprises imaginent encore que le plaisir se fabrique à coups de gadgets. Baby-foot, snacks, slogans inspirants, afterworks obligatoires, affiches positives dans les couloirs. Tout cela peut être sympathique. Mais cela ne constitue jamais un socle.


Il m’est arrivé de croiser des organisations à l’ambiance profondément toxique, où les murs étaient pourtant tapissés de messages inspirants. Le contraste était frappant. Le plaisir ne se décrète pas. Il ne s’affiche pas. Il se vit.


Le vrai socle du plaisir au travail

Ce qui crée réellement du plaisir au travail tient à la qualité du quotidien. La façon dont nous travaillons ensemble. La manière dont les décisions sont prises. Le respect des horaires. La clarté des priorités. Une charge de travail qui reste humaine. La possibilité de dire « je ne peux pas ». Le droit de demander de l’aide. Ou simplement de dire « je ne sais pas ».

Le plaisir est très souvent lié à un sentiment de sécurité. Sécurité émotionnelle. Sécurité relationnelle. Sécurité organisationnelle.


Le rôle central du management

Dans la majorité des cas, le plaisir au travail se joue dans une relation. La relation managériale. Un manager peut détruire le plaisir sans même s’en rendre compte. Par une microgestion permanente. Des injonctions contradictoires. Une absence de feedback. Une manière de parler qui humilie. Une indifférence froide. Ou une injustice, même minime.

À l’inverse, un manager peut faire naître du plaisir, même dans un contexte exigeant. Donner du sens. Protéger les temps de récupération. Reconnaître le travail réalisé. Apporter de la clarté. Assumer ses erreurs. Être transparent. Admettre ne pas savoir. Écouter réellement. Faire confiance. Autant de gestes simples, répétés, qui deviennent des sources de plaisir durables.


Le plaisir comme indicateur relationnel

Nous avons pris l’habitude de mesurer le travail à travers des chiffres, des tableaux et des indicateurs. C’est normal dans un monde économique. Mais il existe un autre indicateur, plus discret, tout aussi précieux : le plaisir.

Non pas comme une obligation. Ni comme une injonction à sourire. Mais comme un thermomètre relationnel. Lorsqu’un minimum de plaisir est présent, c’est souvent le signe que l’organisation respecte les humains. Lorsqu’il disparaît complètement, c’est rarement anodin. Pas forcément un drame immédiat, mais un signal clair à écouter.

C’est tout le sens des démarches sérieuses autour de la qualité de vie au travail, comme celles portées par Great Place To Work dans le cadre des épisodes Feel Good du lundi de Happy Work. Elles ne parlent pas de magie, mais de confiance, de respect, de fierté et de relations humaines au quotidien.


Ce que chacun peut faire, à son niveau

Il est possible que vous n’ayez pas le pouvoir de transformer la culture de votre entreprise. C’est une réalité. En revanche, vous pouvez agir sur un point essentiel. Identifier ce qui vous apporte un peu de plaisir, même modeste, dans votre semaine. Et le protéger.


Vous pouvez aussi vous autoriser à nommer ce qui vous en enlève. Sans agressivité. Avec lucidité. Vous poser une question simple : qu’est-ce qui, dans ma semaine de travail, me donne un peu d’élan ? Et qu’est-ce qui m’éteint ? Ce n’est pas de l’égoïsme. C’est de l’hygiène professionnelle.

Lorsque j’étais encore en entreprise, l’un de mes petits plaisirs était d’aller boire un café avec un collègue. Rien d’extraordinaire. Mais le fait de pouvoir maîtriser ce moment comptait énormément.


Ce qu’il faut retenir

Le plaisir au travail n’est ni un luxe ni un bonus réservé à quelques privilégiés. C’est une condition humaine pour tenir, s’engager, coopérer et préserver une énergie saine. Il ne s’agit pas d’euphorie permanente, mais d’un minimum de respect, de sens, de sécurité et de reconnaissance.


Lorsque nous traitons le plaisir comme un caprice, nous finissons par nous abîmer. Individuellement et collectivement.

Comme le rappelait le psychiatre et spécialiste du travail Christophe Dejours, le travail peut être une source de souffrance, mais aussi une source de plaisir. Tout est question d’équilibre. Ni l’un sans l’autre. Et lorsque cet équilibre est trouvé, l’expérience du travail change profondément.



Pour aller plus loin :


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Avec Bob sur scène

L'AUTEUR
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