Quand “vouloir bien faire” peut finir par abîmer
- Gaël Chatelain-Berry

- il y a 3 jours
- 5 min de lecture

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Vouloir bien faire est une qualité rare et précieuse. Le problème commence quand cette qualité devient automatique, permanente, non questionnée, au point de créer une tension diffuse et continue. Cet épisode raconte le moment où j’ai compris que l’implication pouvait, sans bruit, se transformer en sur-engagement, puis en fatigue silencieuse, et comment un simple changement de regard peut remettre les limites au bon endroit.
Il existe un moment très précis, souvent discret, où quelque chose bascule. Rien ne s’effondre, rien ne s’affiche en grand, il n’y a pas de crise spectaculaire. Et pourtant, vous sentez qu’un ressort intérieur se tend en permanence, comme si vous portiez un poids supplémentaire sans savoir exactement d’où il vient. C’est ce moment-là que j’ai voulu regarder en face, parce que beaucoup d’entre nous l’ont vécu sans vraiment le nommer.
Pendant longtemps, j’ai été persuadé que “bien faire” ne pouvait être que positif. Être impliqué, engagé, disponible, sérieux, cela semblait être une évidence, presque une règle morale. J’ai grandi avec cette idée, je l’ai renforcée avec mes études, puis je l’ai transformée en posture professionnelle. Dire oui, être là, répondre vite, anticiper, compenser quand ça coince, aider dès que quelqu’un vacille, sur le papier, c’était irréprochable, et vu de l’extérieur, tout allait bien.
Le piège de l’implication valorisée
Ce qui rend ce mécanisme si trompeur, c’est qu’il est socialement récompensé. Les personnes qui veulent bien faire inspirent confiance, et cette confiance se traduit souvent par une simple réalité. Nous leur donnons davantage, nous nous appuyons sur elles, nous les sollicitons, parce que “ça marche”. Et très souvent, ces personnes ne disent rien, parce qu’elles ont intégré que ce fonctionnement ne pose pas de problème, ou qu’il serait presque indécent de se plaindre lorsqu’on est “juste quelqu’un de sérieux”.
Il y a aussi un glissement insidieux qui se produit. À force de répondre vite, d’être disponible, de prendre les sujets à bras-le-corps, la frontière entre implication et sur-engagement devient floue. Vous ne voyez plus la limite, vous ne la ressentez plus, vous ne la questionnez même plus. Et quand vous ne questionnez plus, vous commencez à fonctionner au réflexe, pas au choix.
La tension diffuse, celle qui ne fait pas de bruit
Le jour où j’ai compris que quelque chose clochait, ce n’est pas le jour où j’ai été épuisé. Ce n’est pas le jour où j’ai été démotivé, en colère ou malheureux. C’est le jour où j’ai réalisé que j’étais tendu en permanence, sans raison apparente, comme si je me sentais responsable de choses qui, au fond, ne m’appartenaient pas totalement, voire ne dépendaient pas du tout de moi.
Le déclic n’est pas venu d’un grand événement. Il est venu d’une phrase, prononcée presque par hasard. Un membre de mon équipe est venu me dire “tu sais Gaël, tu en fais peut-être trop”. Sur le moment, j’ai souri, j’ai minimisé, et j’ai répondu que j’aimais bien faire les choses bien. Mais cette phrase n’a pas disparu, parce qu’elle ne sonnait pas comme une critique. Elle sonnait comme une question.
Le vrai tournant, dire oui par choix ou par réflexe
À partir de là, j’ai commencé à m’observer autrement. Je me suis demandé pourquoi je ressentais ce besoin de faire autant. Je me suis demandé pourquoi je confondais implication et sur-engagement. Je me suis demandé pourquoi j’avais du mal à poser des limites, même quand personne ne me demandait rien de plus. Et surtout, je me suis confronté à une nuance qui change tout. Est-ce que je fais ça parce que c’est utile, ou parce que je ne sais pas ne pas le faire.
Cette nuance est déterminante parce qu’elle remet la liberté au centre. Dire oui n’est pas un problème quand c’est un choix. Dire oui devient un problème quand c’est un automatisme, surtout quand cet automatisme est alimenté par la peur de décevoir, par la peur d’être moins aimé, moins reconnu, moins “fiable”. Et c’est là que le bien faire peut, paradoxalement, commencer à abîmer.
L’auto-exploitation, quand le bien faire se transforme en trop faire
En observant ce phénomène, j’ai vu des personnes brillantes s’épuiser doucement, sans bruit. Pas forcément parce qu’elles étaient exploitées de manière évidente. Parce qu’elles s’auto-exploitaient au nom du bien faire, au nom de l’exigence, au nom d’une image d’elles-mêmes qu’elles voulaient tenir. Le plus difficile, c’est que ce cercle est difficile à briser. Il repose sur quelque chose de positif au départ, et c’est précisément pour cela qu’il s’installe sans résistance.
J’ai vu aussi comment les organisations alimentent parfois ce mécanisme, sans intention négative. Les managers s’appuient toujours sur les mêmes profils, non par malveillance, mais parce que “ça marche”. Pourquoi demander à quelqu’un d’autre si je sais que cette personne va dire oui, le faire, et le faire bien. Le système devient confortable pour tout le monde, sauf pour la personne qui porte, et qui finit par s’user en silence.
Apprendre à rester juste sans se perdre
À partir du moment où j’ai compris cela, j’ai commencé à changer ma posture. Pas radicalement, pas du jour au lendemain, mais par petits ajustements, parce que c’est souvent la seule manière durable de changer. J’ai commencé à me poser une question simple avant d’accepter quelque chose. Est-ce que je le fais par envie ou par peur de décevoir.
J’ai aussi accepté une idée qui m’a demandé un vrai travail. Bien faire ne signifie pas tout faire. Laisser de l’espace aux autres ne signifie pas les abandonner. Me respecter ne signifie pas devenir moins professionnel. Et ce qui m’a frappé, c’est que mes relations professionnelles n’en ont pas souffert. Au contraire, les échanges sont devenus plus clairs, les attentes plus explicites, et la fatigue moins sourde.
Le non positif, une limite qui n’abîme pas la relation
À un moment, j’ai commencé à dire non, mais pas un non sec. Un non qui ouvre plutôt qu’il ne ferme. “Je ne peux pas le faire maintenant, mais si ça vous convient, je peux le faire demain.” C’est ce que j’ai théorisé sous le concept de non positif. Ce type de formulation change la dynamique, parce qu’il pose une limite sans rompre le lien. Il remet le temps et l’énergie à leur juste place sans transformer la relation en rapport de force.
Cette approche a un effet plus large qu’il n’y paraît. Elle permet de sortir d’une logique de disponibilité permanente. Elle évite de confondre professionnalisme et effacement de soi. Et elle installe une autre définition de la qualité. Une qualité qui ne dépend pas uniquement de l’intensité que nous mettons dans notre travail, mais de notre capacité à rester juste, avec les autres, et avec nous-mêmes.
Conclusion
Albert Camus écrivait “mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde”. Cette phrase illustre parfaitement notre sujet. Quand nous appelons engagement ce qui relève parfois de la pression intérieure, quand nous appelons professionnalisme ce qui ressemble à de l’auto-effacement, nous entretenons sans le vouloir les mécanismes qui nous abîment.
Alors, que faut-il retenir de cet épisode. Vouloir bien faire est une qualité précieuse, et il n’est pas question de la dévaloriser. Mais cette qualité mérite d’être protégée, parce que bien faire ne devrait jamais se faire contre soi. Se poser la question du pourquoi, plutôt que d’agir en automatique, est souvent le premier pas pour remettre les mots au bon endroit, puis les limites au bon endroit. …
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